LE COMBAT
•\on! je ne combattrai pas plus longtemps ce combat, le combat des géants, la lutte du devoir. Si tu ne peux modérer l'ardeur enflammée de mon cœur. Vertu, n’exige pas ce sacrifice.
Je l’ai juré, oui, j’ai juré de me dompter moi-môme. Voici ta couronne; qu’elle soit à jamais perdue pour moi! Ueprends-la et laisse-moi pécher.
Qu’il soit déchiré, notre contrat! Elle m’aime.... Je me ris de ta couronne! Heureux qui, enseveli dans l’ivresse de la volupté, se console, sans plus de peine que moi, de la chute profonde!
1. Les deux deruiers vers sont une allusion à la médaille qu'lvlisabctli lU frap-
per CD souvenir de sa victoire. On y voit représentée une flotte qui périt dans la tempête, avec cette inscription modeste : Afflavii DeitSy et dissipati sunt. (Sole de l'auleur.) *
2. Schiller publia d’abord cette pièce dans la Thalief en 1786, soiu ce titre :
Libertinage (dans l’ancien sens du mot) de la passion, et avec celte addition au titre : Laure fut mariée, en 1782, date trompeuse, scion U>ute appa-
rence. Dansune note signées., il adressait au lecteur Texpiication suivante : «s Je me suis fait d’autunt moins de scrupule d’admettre ici ce poëmc et le suivant (Résignation) , que je puis attendre de tout lecteur assez d’équité pour ne pas considérer un transport de la passion comme un système philosophique, et le désespoir d’un amant imaginaire comme la profession de foi du poêle. Autrement il faudrait plaindre le poète dramatique qui peut rarement déralopper son intrigue sans y mtder un scélérat, et Milton et Klnpstock seraient donc des hommes d’autant plus pervers qu’ils ont mieux réussi h peindre des démons. » L’auteur, en insérant plus tard ce morceau dans le Recueil de ses poésies, l'a considérablement abrégé. Il avait, sous sa première forme, vingt-deux strophes.
rOÉSlKS DÉTACHÉES.
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Elle voit le ver qui ronge la fleur de ma jeunesse, et mon printemps évanoui; elle admire en silence ma renonciation héroïque; et, pleine de générosité, elle veut que j'aie ma récompense.
Helle ;lme, délie-toi de cette bonté d’ange. Ta pitié m’arme pour le crime. Est-il, dans le domaine immense de la vie, est-il une autre récomjiense, une récom])ense plus belle que toi....
Que ce crime que je voulais fuir éternellement?... Sort tyrannique! Iæ seul prix qui devrait couronner ma vertu, est le dernier moment de ma vertu !
RÉSIG>’ATION'.
Moi au.ssi, j’étais né en Arcadie; h moi aussi la nature, à mon berceau , a promis le bonheur ; moi aussi , j’étais né en Arcadie ; des larmes cejiendant, c’est tout ce que m’a donné le rapide printemps.
Le mois de mai de la vie fleurit une fois et ne revient plus ; il est défleuri pour moi. Le dieu silencieux.... ô mes frères, pleurez!... le dieu silencieux renverse le flambeau de ma vie, et l’apparition s’évanouit.
.Me voici déjè sur ton pont ténébreux, redoutable Éternité ! Reçois ma lettre de crédit, mon titre au bonheur. : je te la rends intacte , je ne sais rien de la félicité.
1. PuUiù d'abord dans la Tlialir, en 178G. Voyez la noie de la ])lèce précédente. Dans la Thalie, le titre était suivi des mots : £ine Phanlatie, • une imagination (sans réalité). «
Hftsin. NATION.
Dovaut ton trOiie j’élève ma plainte, ô Éternité, juge à la face voilée! Sur l’astre d’où je viens, courait l'heureux bruit que tu siégeais ici avec la balance de la justice , et que tu t’appelais Rémunératrice.
Ici, dit-on, les terreurs attendent le méchant, et les joies le juste. Tu dois mettre à nu les reijlis du cceiir; tu dois me ré- .soudre les énigmes de la Providence et régler le compte de celui qui soutire.
Ici la patrie s’ouvre, dit-on, à t’exilé , ici finit le sentier de ronces de l’affligé. Une fille des dieux, qu’ou me nommait la Vérité, que fuyait le grand nombre , que bien peu connaissaient , retint les rênes, le rapide e.s.sor de ma vie :
« Je te payerai dans une autre vie, donne-moi ta jeunesse! Je ne te puis donner que ce mandat. » Je pris son mandat sur l’autre vie , et lui donnai les joies de ma jeunesse.
« Donne-moi la femme si chère à ton cœur, donne-moi ta Laure ! Par deli le tombeau, les douleurs te seront payées avec usure. » Je l’arrachai, saignant, de mon cœur déchiré ; je pleurai amèrement, et je la lui donnai.
« C'est un mandat sur l’empire des morts, disait le monde avec un sourire moqueur. La menteuse , gagée par des despotes , t’a offert l’ombre pour la réalité. Tu ne seras plus quand viendra le jour de l’échéance. »
L;i troupe des railleurs, à la langue de vipère, lançait ses traits impudents : « Quoi! tu t’épouvantes d’une illusion qui n’est consacrée que par sa décrépitude ? Que signifient tes dieux , habile invention que l’esprit humain prête li l'humaine indigence? tes dieux, remède aux vices du système du monde?
« Qu’est-c-e que cet avenir que les tombeaux nous cachent ? cette éternité dont ton orgueil se flatte, respectable seulement ))ar les voiles qui la couvrent , ombre gigantesque de nos pro-
MO POÉSIES DÉTACHÉES
près terreurs dans le miroir grossissant de la conscience inquiète ?
« Une image mensongère des formes de la vie, la momie du temps conservée dans les demeures glacées du sépulcre par le baume de resjiérance.... voilà ce que ton fiévreux délire apfielle l’immortalité 1
* Pour des espérances.... la poussière de la toinlie prouve qu’elles mentent.... luassacrilié des biens assurés. Pendant six mille ans, la mort s’e.st lue. Jamais un cadavre s’est-il levé de son caveau funèbre, qui ait fait mention de la Hémunératricet >
J’ai vu le temps s’enfuir vers tes rives; la nature florissante restait là, derrière lui , comme un cadavre flétri ; aucun mort ne s’est levé do son caveau funèbre, et toujours je crus fermement au serment des dieux.
Toutes mes joies, je te les ai sacrifiées. Aujourd’hui , je me prosterne devant ton trène, devant ton tribunal. J’ai courageusement méprisé les railleries de lu foule ; je n’ai estimé que tes biens, llémunératrice, je réclame mon salaire!
« J’aime mes enfants d’un égal amour, cria un génie invisible. Deux fleurs, cria-t-il.... écoutez, enfants des honmiesl... deux fleurs s’épanouissent pour qui les sait trouver. Elles se nomment espoir et jouis.sana*.
« Oui, de ces lleui's, a cueilli l’unt“, qu’il ne demande pas l’autre soeur! Jouisse qui ne peut croire! Celte doctrine est éternelle comme le monde. Qui peut croire s’abstienne ! L’histoire du monde est le jugement du inonde.
« Tu as espéré : Ion .salaire est payé ; ta foi était ta part de bonheur ! Tu n’avais qu’à interroger tes sages : ce qu’on a refusé quand le moment l’offrait, jamais éternité ne le rend. »
POÉSIES DÉTACHÉES
' LA FEMME GÉLÈBUE.