‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 182 sur 311 · LES ARTISTES · texte numérisé non relu

LES ARTISTES

chanteur. I>cs joues, mouillées de la rosée des larmes, s’enflammèrent doucement; le désir survivant à la jouissance annonça l’union des ûmes.

La plus parfaite sagesse des sages, la douceur des bon.s, la puissance des forts, la grâce des plus nobles, vous les confondîtes dans une m4me image, que vous entourâtes d'une auréole. L'homme tressaillit devant l'inconnu ; il s’éprit pour ce reflet de lui-méme, et d'illustres héros brûlèrent de ressembler au grand Ktre. Le jircmier son du type primitif de toute beauté, vous le fîtes retentir dans la nature.

L’impulsion fougueuse des jiassions, les jeux déréglés du hasard, la contrainte des devoirs et des instincts, vous les disposez avec un sentiment judicieux, les dirigeant, d’après une règle rigoureuse, vers le but. Ce que la nature, sur sa grande scène, sépare , et place îi de lointaines distances, devient sur le théâtre, dans un poème, une partie, facile i saisir, do l’euscmble régulier. Ell'rayé par le chœur des Kuménides, le meurtre, bien qu’ignoré de tous, déduit pour lui-méme de ce chaut la sentence de mort. Ixingtemps avant que les sages risquent leur jugement, une Iliade résout les énigmes de la destinée i nos devanciers jeunes encore. Du chariot de ïhe.spis, la Providence de.scendait sans bruit dans le cours des événements du monde.

Pourtant dans le grand train du monde votre symétrie fut troj) tôt portée. Comme la sombre main de la destinée ne dçnouait pas à vos yeux ce qu’à vos yeux elle nouait, et que la vie se perdait dans l’abîme, avant d’avoir achevé le beau cercle commencé, votre audace arbitraire prolongea la courbe dans la nuit de l’avenir; vous précipitant sans frissonner dans le sombre océan de l’Averne, vous retrouvâtes, par delà Turne fatale, l’existence évanouie. I^à se montra, appuyée sur Castor, une torche renversée à la main, la florissante image de Pollux : l’ombre parut sur la face de la lune et l’arrondit , avant que se fût rempli son beau disque d’argent.

Cependant le génie créateur s’éleva, plus haut toujours, à des

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;-oinniets de plus en plus sublimes. Déjà l'on voit les créations naître des créations , des harmonies une harmonie nouvelle; Ce qui ra\il isolément ici l'œil enivré, est humblement soumis ailleurs à une beauté plus haute, le channe qui pare cette njmphe se fond doucement dans une divine .Minerve; la foixe qui se gonfle dans les muscles de l'allilète, cesse de parler au.x yeux , tempérée avec grûce , dans la beauté du dieu ; la merveille de son temps, la lière image de Jupiter, s'incline, abaissant sa grandeur , dans l'ensemble majestueux du temple d'Olympie.

b' inonde transformé par le travail diligent, le cœur de riioinine agité par de nouveaux instincts, qui s’exercent dans des luttes ardentes, étendent le cercle de vos créations. Montant de progrès en progrès , l'homme reconnaissant emporte avec lui l'art sur .ses ailes qui s'élèvent , et de nouveaux mondes de beautés s’élancent à ses yeux de la nature enrichie. Les barrières de la science s’ouvrent; l’esprit exercé, dans vos faciles triomphes , à embrasser , avec un goût promptement mûri , un ensemble de beautés créé par l’art, recule les bornes de la nature et l’atteint dans sa course mystérieuse. Alors il la pèse avec des poids humains, il lu mesure avec les mesures qu'elle lui a prêtées ; il la force îi passer devant ses yeux , devenue plus intelligible par sa soumission aux lois de la beauté telle qu’il la conçoit. Dans sa joie complaisante et juvénile , il prèle aux sphères son harmonie , et loue-t-il l'arclnlecture du monde , c’est par la symétrie qu’elle brille à ses yeux.

Désormais, dans tout ce qui vit autour de lui, le charme des proportions parle à ses yeux. La ceinture d’or de la beauté doucement s'insinue dans le tissu même de sa vie; la perfection bienheureuse plane devant lui, triomphante, éclatant dans vos chefs-d'œuvre. L"! où court la joie bruyante , où sc réfugie le cliagrin muet, où la pensée s'arrête et contemple, où il voit les larmes de la misère, où mille terreurs l’assiègent , partout le suit un courant d'harmonie, partout il voit se jouer les gracieuses déesses , et par ses sentiments , qui peu à peu deviennent plus délicats, il s’efforce de sc mettre d’accord avec son ai-

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