‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 183 sur 311 · LE ARTISTES · texte numérisé non relu

LE ARTISTES

mable entourage. Aussi doucement que s’enlacent les lignes des plus gracieuses images, et qu’autour de lui se fondent en un seul ensemble les contours délicats des objets , aussi doucement s’exhale et fuit le souffle léger de sa vie. Son esprit se perd dans l'océan d'harmonie dont les Ilots enveloppent délicieusement scs sens, et l.f pensée , par une insensible fusion, s’unit à la déesse de beauté partoùt présente. Dans un sublime accord avec la destinée, s’appuyant, ualme et doux, sur les Grâces et les Muscs, il offre sa poitrine au trait qui le menace, et reçoit, résigné, le coup qui part de l’arc bienveillant de la nécessité.

Intimes favoris de l'heureuse harmonie, compagnons qui nousa-éjouissez à travers l'existence, vous le plus cher, le plus noble présent que nous ait donné, pour embellir notre vie, celle qui nous donna la vie même! si maintenant l'homme, délivré du joug, a la pensée de scs devoirs, s’il aime la chaîne qui le guide, si le hasard ne lui commande plus avec son sceptre d’airain , vous en êtes récompensés par votre immortalité et par le sublime salaire que vous trouvez dans votre cœur. Si, autour de la coupe où coule pour nous la liberté, folâtrent ■ gaiement les dieux de la joie , et se file gracieusement le .plus . aimable rêve, recevez, pour ce bienfait, nos plus tendres embrassements.

Le génie brillant et serein qui entoura de charme la nécessité, qui ordonne à son éther, ù sa voûte étoilée de nous servir avec grâce , ce génie qui, lors même qu’il épouvante, ravit encore par le sublime, et se pare même pour détruire: le suprême artiste : voilà le modèle que vous imitez. Comme sur le miroir argenté du ruisseau flottent et dansent les rives variées, la pourpre du couchant, la campagne fleurie, ainsi sur l’indigente existence brille le monde riant des ombres que crée la poésie. Vous nous amenez, vêtue en fiancée, la redoutable inconnue, la Darque inflexible. Comme vos urnes cachent les ossements , de même vous couvrez d’un voile aimable le chœur horrible des soucis. J’ai parcouru d’un prompt regard des milliers d années, l’immense empire du monde ancien : comme riiiimanilé

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pst riante où vous séjournez! comme derrière voies elle pit

tristement!

Elle qui autrefois, d’une aile rapide, s’était élancée, iileino de force, de vos mains créatrices, c’est dans vos bras qu’elle se retrouva, quand , par le triomphe insensible du temps, la fleur delà vie eut- disparu do ses joues, la force de ses membres, quand elle se traînait d'un ])as énervé, comme le vieillard appuyé sur sou béton. Alors , d’une source fraîche , vous ollVîles à .ses lèvres altérées l’onde de la vie ; deux fois le temps se rajeunit , deux fois, par les .semences que vous avez répandues.

Chassés par des hordes barbares , vous ravîtes le dernier tison de la sainte otlVandc aux autels profanés dulevaat, et vous le portâtes aux contrées du couchant. Alors le beau fugitif venu de l’orient, le jour, se leva, brillant d’une jeunesse nouvelle, dans l’occident, et dans les champs de l'ilespérie on vit germer et, rajeunies, s’épanouir les (leurs de l’Ionie. La nature embellie jeta , comme d'un doux miroir, un beau reflet dans les esprits , et la grande déesse de la lumière pénétra, splendide , dans les âmes dignement parées. Alors on vit tomber des millions de chaînes , et le droit de l’humanité prononça son arrêt sur les esclaves ; comme des frères marchent enseiidile dans la paix , ainsi grandit doucement l’humanité rajeunie. Dans la plénitude d’une noble et intime joie, vous jouissez du bordieiir qui est votre ouvrage, et, vous cachant sous le voile de la modestie, vous restez à l’écart et taisez vos mérites.

Si, sur les routes désormais ouvertes de la pensée, l’investi- • ■ gateur, dans son heureuse audace , erre librejnent aujourd’hui, et, enivré des hymnes de triomphe, saisit déjà la couronne ■ d’une main avide; s’il croit, avec l’humble solde d'un mercenaire , payer son noble guide , et près du trône qu’il rêve daigne accorder à l’art le premier rang parmi ses esclaves.... pardonnez-lui.... la couronne de la perfection suprême plane brillante sur votre tête. C’est par vous, première (leur du printemps, que la Nature commença à façonner les Ames; par vous, joyeuse couronne de la moisson, que la Nature clôt et parfait son œuvre.

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