‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 188 sur 311 · LE TRIOMPHE DE L’AMOUR · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR

lis erraient, sauvages, dans les bois, à la brumeuse clarté de la tune; ils portaient un joug de fer. Dans la scène splendide des astres, la larme mystérieuse, larme du vague désir, ne cherchait pas encore les dieux.

Mais voyez! des flots d'azur sort, douce et sereine, la (ille du ciel, portée par les Naïades vers les rivages enivrés.

A cet ordre tout-puissant ; « Qu’elle soit! » un Juvénile essor, une ardeur printanière remplit et pénètre, comme une aube matinale, l'air, le ciel, la mer et la terre.

L’œil du jour aimable sourit dans la nuit profonde des forêts sombres; des narcisses balsamiques fleurissent sous les pas de la dées.se.

Déjà le rossignol chantait le premier chanjt de l’amour; déjà le murmure des sources, des cascades, inspirait l’amour aux tendres cœurs.

Bienheureux l'ygmalion! déjà ton marbre s’attendrit; il s’anime, il brûle! Dieu d’amour, vainqueur! embrasse tes enfants !

Les dieux sont bienheureux par l’amour!... par l’amour, les hommes sont égaux aux dieux! L’amour rend le ciel plus céleste.... il fait de la terre l’empire des deux.

L’écume dorée du nectar pétillé, et les jours des dieux, éternel banquet, s’écoulent aussi délicieux qu’un rêve du malin.

A.ssis sur un trône élevé, le lils de Saturne brandit sa fondie;

436 POI^SIKS nÉTACHÈKS.

l’Olympe s’ébranle elfrayé quand le courroux agite sa chevelure....

Laissant aux dieux .ses trônes, il s’abais.se à devenir un fils de la terre, et soupire dans les bocages comme un berger d’Arcadie; éteignant sous ses pieds son tonnerre, le vainqueur des Géants s’endort, bercé par les baisers de U^da.

A travers lu vaste espace de la lumière, Pliébus conduit, avec ses rênes d'or, les nobles coursiers du soleil. Ses traits relentis- •sants renversent des i)cuples entiers. .Mais les blancs coursiers du soleil et ses traits retentissants, qu’avec plaisir il les oubliait au sein de l’amour et de l’Iiarmonie!

Devant l’épouse du fils de Saturne, les L’ranidcs s’inclinent. Ses paons, couple superbe, se dressent lièi-ement devant son char royal. Elle orne de la couronne d’or, attribut souverain, ses chev.eux parfumés d’ambroisie.

Belle reine, ah! l’amour tremble, avec ses doux instincts, d’approcher de ta majesté; tt il faut que la souveraine des dieux, iiuittant ses orgueilleux sommets, emprunte, suppliante, la ceinture des Grâces à la déesse qui enclialne les cceurs.

les dieux sont bienheureux par l’amour!... par l’amour, les hommes sont égaux aux dieux! L’amour reml le ciel [dus céleste.... il fait de la terre l’empire des cieux.

L’amour éclaire l’empire de la nuit! Pluton est soumis à la douce et magique puissance du dieu -d’amour. Le sombre roi prend un regard aimable, quand la fille de Gérés lui sourit. L’amour éclaire l’empire de la nuit.

Tes chants tirent retentir les enfers d’une harmonie céleste,

0igltl2ed by

LE TUIOMPHE DE I.’AMÜUR. 437

et domptèrent le farouclic gardien, ô diantre de Tlirace.... Minos, les yeux mouillés de larmes, adoucit ses arrêts de torture; autour des joues de l’iiorriblc Mégère, les serpents cruels se baisèrent tendrement; les fouets ne résonnaient plus. Entraîné par la lyre d’Orphée, le vautour s'envola loin de Tiiyus. l.e Léibé et le Cocyte frappèrent plus doucement leurs rives : ils écoulaient tes accords, cbanlre de Tbrace! Tu chantais l’amour, chantre de Tbrace!

Les dieux sont lûenheureux par l’amour!... par ramour, les hommes sont égaux aux dieux! L’amour rend le ciel plus céleste.... il fait de la terre l’empire des cieux.

l'artont dans l’éternelle nature ou res|)ire sa trace semée de Heurs, on sent s’agiter ses ailes d’or. Si dans la clarté de la lune, si sur la colline que dore le soleil, je ne voyais l’œil d’Aphrodite qui m’appelle; si du milieu de l’océan des astres la déesse ne me souriait ; les astres, le soleil, la clarté de la lune ne toucheraient pas mon âme. L’amour, l’amour seul, nous sourit dans l’œil de la nature, comme dans un miroir.

Le ruisseau argenté murmure l’amour; l’amour lui enseigne à rouler plus doucement ses ondes; le .souffle de l’amour donne une âme aux soupirs des rossignols plaintifs.... L’amour, l’amour .seul, résonne mystérieusement sur le luth de la nature.

Sagesse au regard de soleil, grande déesse, recule; cède à l’amour! Ni devant les conquérants, ni devant les princes , tu ne lléchis jamais un genou d’esclave: devant l’amour, fléchis-le, à cette heure !

Oui te fraya, avec une audace de héros, la voie escarpée des astres, pour monter au séjour de la divinité? Qui déchira le voile du sanctuaire, et te montra l’Eljsée par la fente du tombeau? Si lui ne nous y appelait, voudrions-nous être immor-

POÉSIES DÉTACHÉES

Iclsï Sans lui , les esprits cherclieraient-ils le maître suprônieî 1,’nmour, l'amour seul, conduit au père de la nature; l'amour mène à lui les esprits.

Les dieux sont Idenhcurcux par l’amour.... par l’amour, les hommes sont égaux aux dieux! L’amour rend le ciel plus céleste... il fait de la terre l’empire des cieux.

Page 1