‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 192 sur 311 · FANTAISIE · texte numérisé non relu

FANTAISIE

I/?s atomes de lumière s’unissent aux atomes de lumière, dans une intime harmonie. L’amour conduit les sphères les unes dans les autres, les systèmes de mondes ne durent que par lui.

Supprime ce mobile dans les rouages de a’s systèmes, et l’univers vole en éclats et en ruine; vos mondes retombent avec fracas dans le chaos : pleurez. Newtons, leur chute gigantesque !

Supprime cette divinité dans l’ordre des esprits, ils se glacent, morts et inertes comme les corps ; sans l’amour, le printemps ne revient plus ; sans l'amour, nul être ne glorifie Dieu.

Et qu’est-ce, dès que Laure me touche de ses lèvres, qui répand sur mes joues des flammes ardentes? qui commande à mon cœur des battements plus vifs, et entraîne mon sang avec l’élan de la lièvre?

La vie surabonde dans tous les muscles ; le sang bouillonne à déborder; le corps s’élance vers le corps; lésâmes s’embrasent et confondent leurs flammes.

Ici, comme dans les éternels ressorts de la nature morte, c’est encore l’amour qui règne, toujours tout-puissant, dans le tissu délicat de la nature sensible.

Vois, Laure, la joie étreint les douleurs dans leurs accès les plus fougueux ; le doute glacé se réchaulfe sur le tendre sein de l’espérance.

I.a mélancolie a pour sœur une douce volupté qui en tempère la sombre nuit, et, donnant le jour aux pleurs, ses enfants radieux, l’œil réfléchit l’éclat du soleil.

Dans renqiire même du mal, ne règne-t-il pas une redoutable sympathie? Nos vices courtisent l’enfer et boudent le ciel.

442 POÉSIES DÉTACHÉES

La honte et le remords , couple d’Euménides , enlacent le péché de leurs replis de serpents; autour des ailes d aigle de la grandeur s’enroule traîtreusement le danger.

La ruine d’ordinaire se joue avec l’orgueil, l’envie se cramponne au- bonheur; sœur du trépas, la luxure, à bras ouverts, s’élance vers son frère.

Avec les ailes de l'amour l’avenir se précipite dans les bras du passé; Saturne, dans sa fuite rapide, poursuit et poursuivra longtemps sa tiancée.... rfhernité.

Un jour.... ainsi le disent les oracles.... un jour Saturne atteindra sa fiancée. L’embrasement des mondes sera la torche d’hymen, quand le Temijs s’unira avec l’Eternité.

O ma Laure ! une plus belle aurore se lèvera alors aussi iiour notre amour, et elle durera aussi longtemps que la nuit des noces de ces deux époux. Laure, Laure, réjouis-toi 1

LUIIŒ AU CLAVECIN*.

Quand tes doigts, Laure, parcourent magistralement les touches, je demeure tantôt comme une .statue sans ûmc, tantôt ^ comme une Ame sans corps. Tu commandes à la vie et à la mort, avec la même puissance que Philadelphia* éveille des âmes dans mille réseaux de nerfs.

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