Anthologie
LES KUNÉRAILLES.
porte en silence? Le nom de père s’est-il échappé de la lèvre du jeune mort? Des frissons humides secouent le vieillard, squelette creusé par la douleur; ses cheveux blancs se dressent sur sa tête....
Sa plaie brûlante se déchire! Une douleur d’enfer perce son âme! € Mon père! * oui, ce mot s’est échappé des lèvres du jeune homme. • .Mon lils! » a murmuré le cœur du père.... 11 est la, glacé, glacé dans le linceul; et ton rêve, naguère si brillant et si doux, ton rêve doux et brillant, ô père, s’est changé pour toi en malédiction. 11 est la, glacé, glacé dans le linceul, ton bonheur, ton paradis!
Doux et léger comme le fils de Flore, que caressent les brises de l’Élysée, et tel qu’échappé des bras de l’Aurore, il effleure, entouré de célestes parfums , les champs émaillés ; tel il pressait son vol par les prés riants, où son image se reflétait dans le miroir des ondes. De ses baisers jaillissaient des flammes de volupté qui embrasaient les jeunes filles des feux de l’amour.
Ardent, il s’élançait dans le tumulte de la vie comme un jeune faon sur les montagnes. Ses souhaits vagabonds l’emportaient çà et là dans les deux, aussi loin que les aigles qui planent au haut des nues. Semblable au coursier qui se dresse et écume, secoue dans la tempête sa crinière flottante, et se cabre avec un royal orgueil en résistant au frein, il marchait fièrement devant les esclaves comme devant les princes.
La vie s’écoula pour lui .sereine comme un jour de printemps; elle s’évanouit dans les feux de l’étoile du soir. Ses plaintes, il les noyait dans l’or de la grappe; ses douleurs, il les étourdissait dans le tourbillon de la danse. Des mondes sommeillaient dans ce noble jeune homme. Ah! si un jour il eût atteint la virile maturité!... Père, quelle joie pour toi si.... dans ce noble jeune homme.... les germes qui sommeillaient avaient un jour mûri!
Mais non, malheureux père!... Écoute! la porte du cimetière s’ouvre en criant sur ses gonds d’airain!... Comme il est affreux
POÉSIES DÉTACHÉES
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au regard qui y plonge, le vide du caveau funèbre!... Non, non, laisse couler tes larmes! Et toi, aimable jeune homme, monte avec joie, par la route que suit le soleil, à la perfection de ton être; étanche ta noble soif de bonheur, affranclii des liens de la soulfrance, dans la paix de Walhalla!
Se revoir.... pensée céleste!... se revoir là-haut, au seuil de l'Éden!... .Mais écoule! le cercueil se balance et descend avec un bruit sourd. La corde remonte, elle crie et gémit.... « Ah! quand naguère, ivres de tendresse, nous nous élancions dans les bras l'un de l’autre, nos lèvres se taisaient, et nos yeux parlaient.... » .Arrêtez! arrêtez!... « Ou quand nous rompions avec humeur.... mais bientôt des torrents de larmes succédaient à la colère. »
I.a lune, avec sa lueur mourante, plane sur les bois muets comme la tombe; l'esprit de la nuit glisse en soupirant à travers les airs.... des nuages de brouillard Ilottent et frissonnent; une lumière pâle et lugubre tombe des étoiles comme de lampes suspendues dans un sépulcre. Une lourde pluie de terre retentit sourdement et s'amoncelle sur le cercueil... Ûh! pour tous les trésors de la terre, encore un seul regard! Mais le verrou du tombeau se ferme à jamais et sans pitié. Plus sourdement, plus sourdement encore, la terre retentit et s’amoncelle sur le cercueil. Jamais le tombeau ne rend ce qu'il reçoit.
POÉSIES DÉTACHÉES