SUR LA MORT DUN JEUNE HOMME
L'n gémissement inquiet, comme avant un prochain orage, sort de la vide et funèbre maison; des sons de mort tombent du clocher de la cathédrale. C’est un jeune homme qu’on porte en terre; un jeune homme.... non mûr encore pour le cercueil, moissonné au printemps de la vie , tout fier de la sève de la jeunesse, de la flamme qui dans ses yeux étincelle; un fils, les délices de sa mère (ah! ses plaintes amères nous l’apprennent); mon ami de cœur, mon frère, tiélasi... Debout! Que tout ce qui s’appelle homme, suive sa dépouille!
Vous vanterez-vous, pins antiques qui faites tête aux orages et défiez le tonnerre? et vous montagnes qui soutenez les deux, et vous deux gui contenez les soleils? Se vantera-t-il encore le vieillard qui, s’élevant sur ses œuvres orgueilleuses, comme sur des flots gonflés *, monte à la perfection ? Se vantera-t-il encore le héros, qui, entassant ses monts d’exploits, de là s’envole au temple radieux de la gloire future? Si, dans la fleur même, déjà ronge le ver, qui donc est assez fou pour se flatter
1. Le nom du jeune homme était Jean-Christian Wcckerlio. (.Vote de Fidition ollemande. ) — Weekerlin avait été camarade do Schiller à l’école do Charles. — Ce poème est de 1781. U a paru d’abord dans V Anthologie et a été réimprimé sans autres chanttemeiits que des modifications d'orthographe.
2. H. VIehoff suppose qu'il y a là une faute d’impression qui aurait passé de l’Anthologie dans les Œuvres complètes, et il pense que ta substitution do Wolken < nuages » à Wogen •x flots • produirait une image un peu plus satisfaisante. Je ne sais s'il a raison ; Schiller, dans ses premières poésies, ne prend pas toujours grand souci do la netteté et de l’exactitude des figures.
POÉSIES DÉTACHÉES
de ne jamais pi'rir? (jui donc, là-haut ou ici-bas, espère de durer.... si le jeune homme meurt?
Pleins de la joie de la jeunesse, ils passaient, aimables, folâtres, ses jours parés de roses, et le monde pour lui, le monde était si doux.... et l'avenir lui souriait, si amical, si enchanteur, et le paradis de la vie brillait tout d'or à ses yeux. Quand déjà les yeux de sa mère pleuraient , que sous lui l’empire des morts s'entr'ouvrail béant, qu'au-dessus de sa tète rompait le fil de la parque, que la terre et le ciel échappaient à ses regards, alors encore il fuyait avec angoisse la pensée de la tombe.... Hélas! pour les mourants le monde est si doux!
Tout est muet et sourd dans l’étroite demeure; profond est le sommeil des ensevelis. Frère! hélas! toutes tes espérances chôment dans un repos à jamais profond. Souvent le soleil réchaulfera ton tertre, tu ne sentiras plus son ardeur; l’aile du zéphyr y bercera les fleurs , tu n’entendras plus son léger murmure. L’amour jamais ne dorera tes yeux; jamais tu ne presseras ta fiancée dans tes bras; jamais, quand nos larmes couleraient à torrents..,. Pour toujours, toujours, ton œil se ferme !
Mais je te félicite!... Précieux est ton sommeil : on dort paisiblement dans l’étroite demeure; là, avec la joie, meurt aussi la douleur; là , expirent aussi les tourments des hommes. Au-dessus de toi, désormais, la calomnie peut jeter sa bave; la séduction vomir ses poisons; le pharisien, contre toi, s’emporter d’un faux zèle ; la pieuse soif du meurtre te vouer à l’enfer, et les fourbes loucher sous leurs masques d’apôtres, et la fille bâtarde de la Justice, ainsi qu’avec des dés, jouer avec des hommes.,., et tout cela jusqu’à l’éternité.
Au-dessus de toi la Fortune aussi peut essayer ses jongleries, chercher des yeux à l’aventure ses amants; tantôt bercer les hommes sur des trônes chancelants, tantôt les rouler dans les mares fangeuses : tu es heureux, heureux dans Ion étroite cellule! A cette cohue tragi-comique, à ces flots orageux de la for-