‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 203 sur 311 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

tune, à cette loterie boulTonne, à cette fourmilièi-e si activement oisive, à ce repos affairé, à ce ciel plein de démons.... à tout cela, frère, ton œil s’est à jamais fermé.

Adieu donc , ô toi l’intime de notre* âme , que nos bénédictions doucement t’assoupissent ! Dors en paix dans la fosse sépulcrale, dors en paix ju.squ’au revoir! jusqu’à ce que retentisse la trompette toute-puissante, sur ces tertres pleins de cadavres, et qu’arrachant les verrous de la mort, l’ouragan de Dieu remette en mouvement ces cadavres; jusqu'à ce que, fécondés par le soulDe de Jéliovah, les tombeaux enfantent.,., et qu’à sa puissante menace, dans la fumée des planètes qui se fondent, les sépulcres vomissent leur proie.

Ce ne sera point dans des mondes comme en rêven lies sages, ni dans le paradis de la plèbe, ni dans des cieux comme en chantent les poètes.... mais assurément nous te rejoindrons.... Qu’il soit fondé l’espoir qui cliarmait le pèlerin? Que la pensée survive à cette existence? Que la vertu nous accompagne par delà le tombeau? Que ce soit là plus qu’un vain songe?... Déjà toutes ces énigmes te sont dévoilées! Ton âme ravie boit à longs traits la vérité; la vérité qui, par mille jets, jaillit de la coupe du l’ère suprême....

Allez donc, noirs et muets porteurs, servez-le, lui encore, au grand exterminateur! Cessez, pleureurs, de vous répandre en hurlements! Entassez au-dessus de lui poussière sur poussière! Où est l’homme qui sonderait les décrets de Dieu? Où est l’œil pour pénétrer à travers l’abîme? Saint, saint, saint es-tu. Dieu des .sépulcres; nous t’adorons avec terreur! Que la terre retourne en poussière à la terre; l’esprit, pourtant, s’envole de la frêle demeure ! Que l’ouragan, à son gré, emporte sa cendre, son amour dure éternellement.

POÉSIKS DÉT.VCIIlvES.

LV FILLE INFAîsTlClDE'.

Ecoute!... le.s cloches résonnent sourdement ensemble, et l'aiguille a fini sa course. Ou'il en soit donc ain.si !... Au nom de Dieu! compagnons de la tombe, en roule pour le lieu du supplice! Reçois , ô monde , les baisers de l'adieu suprême. O monde, reçois encore ces larmes ! Tes poisons.... ah! ils étaient doux!... Nous sommes quittes, empoisonneur des cœurs!

Adieu , joies de ce soleil , échangées contre la noire poussière du sépulcre ! Adieu , saison des roses , pleine de délices , qui si souvent enivras de plaisir la jeune fille ! Adieu , vous rêves tissus d'or, illusions, enfants du paradis! Hélas! elles sont mortes dans leur germe , dès l'aurore, pour ne plus refleurir jamais au jour.

Élégamment parée de rubans roses , j’étais couverte de la robe d’innocence blanche comme le cygne ; dans les boucles flottantes de mes blonds cheveux , étaient semées de jeunes roses. Malheur!... la victime de l’enfer est parée , maintenant encore, de la robe blanche ; mais hélas !... aux rubans roses a succédé le noir ruban des morts.

Pleurez sur moi, vous qui jamais n'avez failli, vous pour qui fleurissent encore les lis de l’innocence ; vous à qui la nature à prêté une force héroïque contre les tendres mouvements du cœur! Hélas!... ce cœur a éprouvé, un sentiment humain ; et ce sentiment doit être pour moi le glaive du bourreau ! Hélas ! en-

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