‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 205 sur 311 · LA FILLE INFANTICIDE · texte numérisé non relu

LA FILLE INFANTICIDE

le piège de ma vertu. Sur l’échafaud , ici, je la maudis! Des pleurs, des pleurs dans les yeux du bourreau? Vite le bandeau sur mes yeux ! Bourreau , ta main ne peut-elle rompre un lis? Pâle bourreau , ne tremble pas!

k MINNA'.

Est-ce que je rêve? ma vue est-elle troublée? un brouillard obscurcit-il mes yeux? Ma Minna passe devant moi? Ma.Minna ne me connaît pas ? Celle qui , au bras de fous sans cervelle , gesticule, toute gonflée, avec son éventail, absorbée dans sa vanité.... non! ce n’est point ma Minna.

Sur son chapeau d’été floltent de superbes plumes , présent de ma main; les rubans qui ornent sa poitrine lui crient : • Minna, souviens toi! » Des fleurs que j’ai cultivées moi-même, parent encore son sein et ses cheveux : son sein, hélas! qui m’a menti ! et les fleurs sont fraîches encore !

Va , courtisée par de vains flatteurs qui voltigent autour de toi! Va ! oublie-moi à jamais. Livrée à de vils hypocrites, femme coquette , je te méprise. Va ! pour toi , oui ! pour toi , un noble cœur a battu, mais un cœur assez grand pour porter la douleur d’avoir battu pour une folle.

C’est ta beauté qui a gâté ton cœur, c'est ton joli minois!... Rougis de honte ! demain son éclat s’éteindra , ses roses s’ef-

1. En republiant ce po£me, eitrait aussi de l'd»(hotopi>. Schiller a subslilu£ à un mot plus qu’énergii|iie qui terminait la troisième strophe, l'eipression adoucie de • folle, » sans parler de trois ou quatre autres petits changements sans imporiaiice.

POÉSIES DÉTACHÉES

feiiillerolU. I.es liironddles , (jui aiment au printemps, s’envolent quand souflle le vent du nord. Ton automne chassera tes amants; tu as d^laigné un ami.

Déjà , dans les ruines de ta Ixîauté, je te vois marcher solitaire, et jeter en arrière un regard mouillé de larmes sur la scène fleurie de ton beau mois de mai. Ceux qui d’une ardeur avide , amoureuse, volaient au-devant de tes baisers, n’ont plus ([uedes huées pour les charmes flétris, (ju’un rire de dédain pour ton hiver.

C’est ta beauté qui a gété ton cœur, c’est ton joli minois! Rougis de honte ! demain son éclat s’éteindra , ses roses s’elTeuilleront. Ah! comme alors je te raillerai! Te railler? Dieu m’en garde! Je pleurerai de.s larmes amères, Minna! je pleurerai sur toi!

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