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AVERTISSEMENT

DK SCHILLER POUR SA TRADUCTION EN STANCES RIMEES DU SECOND LIVRE DE VÊNÈIDE

Quelques amis Ue l'auteur , qui ne connaissent pas la langue latine , mais sont capables de sentir toutes les beautés des classiques anciens , lui ont témoigné le désir d’être un peu familiarisés par lui avec VÉiiéide du grand poète romain, dont jusqu'ici il n’existe, qu'il sache, aucune traduction tant soit peu lisible. La principale difficulté qu’il rencontra dans l’exécution de son dessein , ce fut de choisir iin mètre qui altérât le moins possible les mérites essentiels de l’original , et pût compenser d’ailleurs, jusqu’à un certain point, ceux qui devaient inévitablement être perdus, ne fùt-ce que par la dilTérence des langues. L’hexamètre allemand ne lui parut pas offrir cet avantage, et il se tint pour assuré que ce genre de vers, même entre les mains d'un Klopstock ou d'un Voss , ne pouvait atteindre à cette flexibilité, cette harmonie, cette variété, que Vir-

1. te Recueil des poésies délechées renferme, outre les pièces originales, U traduction libre, en vers, des livres II et IV de l'Énéide de Virgile, que Schiller *a partagés, l’un en cent trente-cinq octaves, sous le titre de « Destruction de Troie, » l'autre en cent vingt-huit, sous le titre de « Didon. » Ces deux versions sont précédées de l’Arrrliiiement dont nous donnons ici la traduction, et e qui avait été composé, comme on le voit h la fin , à l’occasion de la publication du livre II. Elles parurent d'abord dans la Sourelle Thalie en rl91. Douze ans plus tôt, U avait inséré dans le Magasin de Souabe (l'SO), sous le titre de c Tempête dans la mer Tjrrhénienne, <• une tiaduction en vers hexamètres des vers 3ô-li6 du livre !•' de VÉneide, dans laquelle on remarque, coouue lo disait une note de l'éditeur de ce recueil, « de la hardiesse, et lieaucoup, beaucoup de feu poétique. '

POÉSIES DÉTACHÉES

gile impose comme premier devoir à son traducteur. Il crut donc devoir renoncer absolument à lutter au moyen de ce mètre avec la beauté des vers de Virgile. Il lui parut que celte puissance magique , toute particulière , par laquelle le vers de Virgile nous entraîne, consistait dans un rare mélange de légèreté et de force , d’ëlègance et de grandeur , de majesté et de grâce, mélange pour lequel le poète romain trouvait incontestablement plus de ressources dans sa langue , que le poète allemand n’en peut attendre de la rienne. Si, dans la traduction , l’un de ces deux ordres si divers de beautés devait être subordonné à l’autre, il pensa que le mode de versification où le risque serait 1e moindre était celui qui , à la vérité, fait quelque tort à la force , à la majesté et à la dignité, mais n’en est que plus favorable à la grâce , à la souplesse, à l’harmonie. La vigueur, l’élévation, la dignité sont beaucoup moins dépendantes de la forme et ont beaucoup moins besoin d’être soutenues par l'expression que ces autres qualités; la vraie force, la vraie élévation, le vrai pathétique doivent être à l’épreuve de tout genre de diction , ce qui n’est pas le cas pour l’autre ordre de qualités , qu’il faut seconder par conséquent par un heureux choix de la forme. Peut-être même pourrait-on soutenir , par des raisons assez plausibles, que, pour un sujet sérieux, important, pathétique, le charme de la forme légère est préférable, comme l’est, pour un fond insignifiant, la forme solennelle, dans un certain genre connu de comique. Les rudes coups dont l'auteur de ÏÉnéide frappe si souvent le cœur de son lecteur, le sujet en grande partie belliqueux de son poème, toute la gravité de sa marche, sont adoucis par l’agrément de la versification, et peut-être, en maint endroit, c’est l'harmonie, la grâce du style qui nous réconcilient avec ce qu’il y a de trop sérieux, souvent même de révoltant, dans le tableau. C’est surtout cettq considération qui a décidé le traducteur à donner la préférence à la stance de huit vers, qui est, entre tous les genres de vers allemands, le seul où notre langue oublie encore parfois la dureté qui lui est innée, et toutefois est empêchée suffisamment, par son mâle caractère, de tomber dans la mollesse ou la légèreté frivole. Le traducteur pouvait d’autant mieux justifier ce choix à ses propres yeux que , dejiuis la publication d’Idris et d’Obé-

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