AVERTISSEMENT, ETC
ron*, c’est une vérité admise que les stances de huit vers, surtout maniées avec quelque liberté, ont des moyens d’expression pour le grand, le noble, le pathétique, le terrible môme.... sans doute entre les mains d’un maître seulement; mais qui donc, dans le premier feu d’une résolution et l’entrainement de l’enthousiasme, qui tient un compte a.'îsez rigoureux de ses forces pour distinguer avec soin les avantages de la forme adoptée , des qualités qu’elle exige de qui l’adopte? Le lecteur décidera si l’auteur s’est entendu à manier l’instrument qu’il a choisi ; tout ce qu’il désire, c’est qu’on ne puisse pas lui prouver que le cIkûx même du mètre était une faute.
Quiconque au reste connaît les difficultés que rencontre sur sa route un traducteur de VÈnéide , surtout s’il traduit en stances rimées , sera plutôt disposé à attendre trop peu que trop. Ce n’était pas la moindre de trouver d'heureuses divisions, si l’on considère que lo. poète latin non-seulement n’a pas préparé pour cela les voies à son traducteur , mais les a souvent semées d’obstacles. L’original latin avance d’un cours continu , et Virgile a usé pleinement de la liberté que cette forme lui assurait. Or cette marche non interrompue du poème, il la fallait briser, dans la version, par beaucoup de courtes pauses, et diviser un seul tout suivi en un grand nombre de petits touts partiels, se rattachant aisément les uns aux autres , si l’on voulait ôter à la forme des stances toute apparence forcée et eflacer l'empreinte servile d’une traduction. Il était naturellement inévitable qu’assez souvent quatre ou cinq hexamètres latins fussent développés en une stance entière, bu qu’au contraire huit ou neuf vers de l’original fussent resserrés dans l’étroit espace des huit lignes de la stance. Chez un poète qui permet aussi peu les retranchements que Virgile, la seconde opération était incontestablement la plus périlleuse; toutefois le traducteur ;>ense avoir en cela violé rarement , pour ne pas dire jamais , le respect dû il son original. Il a pu profiter de ce que Virgile luimôme , si serré, si sobre de paroles, s'est permis assez fréquemment, en faveur de l'harmonie et de l’inexorable mesure
I. D«ux poèmes de Wieland, publiés, le premier en I7b8, le second en I7«Ü.
de ses vers , des répétitions superflues et même çà et li des mots de remplissage, qui méritaient moins d’élre ménagés par le traducteur.
Il se soumet très-volontiers , pour tout ce qui concerne la fidélité consciencieuse de sa traduction , à tout examen critique impartial; mais il demande ici en grâce qu’on lui épargne toute comparaison de son travail avec le style inimitable du poète romain, comparaison qui , inévitablement et sans sa faute, tournerait à son désavantage ; car il défie tous les poètes allemands, passés , présents et futurs, de lutter sans désavantage, dans une langue aussi llottante , roide, lâche , gothique, et rude dans ses sons, que l’est notre chère langue maternelle , avec l’organisme délicat et le mouvement musical de la langue latine.
Quoique bien éloigné de la pensée d’entreprendre une traduction de toute VÉnékle, il promet, pour la suite, quelques fragments encore du quatrième et du sixième livre, ne fùt-ce que pour gagner au poète romain , chez notre public non latiniste , l’estime à laquelle il a droit et qu’il parait avoir perdue sans sa faute, depuis qu’il a plu à la muse de Blumauer* de le sacrifier à l’esprit envahissant de frivolité.
1. Auteur de VÉniidt travestit, publiée A Vienne en 1784. Blumauer est mort en 1798.
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APPENDICE