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LE CONQUÉRANT

Contre toi , conquérant, mon sein se gonfle, pour le maudire de la malédiction d'une ardente vengeance, aux yeux de la création, devant la face de l’Éternel !

1. Celte iniprécalion iléclam.nloirc est de 1177. Elle a isiiu, comme la piico

POÉSIKS nÊTACIlfiKS.

Quand la lune poursuit, attentive, sa course au-dessus de moi , quand les astres de la nuit regardent d'en haut , comme s’ils m’épiaient, que les songes voltigent, qu’autour do moi voltigent tes visions, ô conquérant,

Et autour d'elles l'horreur.... alors, d’un bond, je me lève furieux ; je frappe du pied la terre , et avec le hurlement de la tempête, je crie ton nom , maudit! aux oreilles de la Nuit affreuse.

Et de son gouffre béant , qui engloutit des montagnes, l'Océan le redit après moi.... après moi, le séjour de Pluion, à travers les portiques du trépas, répète ton nom, conquérant !

.4h! le voilà qui s’avance.... là-bas, l’horrible, a travers les glaives, et il crie (et tu l’entends, grand Dieu!), il crie, il crie : «Tuez, n’épargnez pas! » Et ils tuent et n’épargnent pas.

Les hurlements s’élèvent , les mourants râlent dans la marche sanglante de la victoire.... Pères , du haut des nues , regardez la boucherie de vos enfants, pères , pères! et maudissez- le !

Et il se dresse fièrement ; le sang fumant dos héros dégoutte de son glaive et brille suspendu comme un météore qui annonce le dernier jugement.... Terre, maudis! le conquérant vient.

Ah! conquérant, parle! Quel est ton vœu le plus ardent, le plus désiréî... Ü’élevcr à la hauteur du ciel un rocher dont l’aigle même redoute le sommet ;

Ihiis, de sa cime, de tomber, enivré de la passion de vaincre, en proie au vertige, sur les ruines du monde, sur tes conquêtes '....

Oh! vous ne savez pas encore quelle jouissance il y a, quel

precedente, dans le Magasin de Souahe, avec la signature Sch.^ et accompagnée de la remarque suivante : « Œuvre d’un jeune homme qui, selon tout apparence, lit et sent Klopstock et le comprend presque. Nous ne voulons pas. Dieu nous en garde ! réprimer son feu , mais seulement les les oh-scuri-

tés, les métathèses exagérées. Si un jour la lime aussi fait son orHcc, il pourra, avec le temps, faire honneur à sa patrie, v

1. II y a ici quelques mots que les commentateurs allemands avouent euxmômes ne pas comprendre : « Im Taumel dieses AnhHcks hinireggeschaut. • lÆ texte est sans doute corrompu; car, pour en tirer un sens, il faudrait faire une étrange violence k la langue. Un des éditeurs sépare le dernier mot, hin\crggeschaut , des mots précédents, par une virgule, et para t donner à ce participe un sens impératif : « Détournons les yeux! •»

APPENDICE

Élysée fleurit dans la seule pensée d’étre l’horreur des ennemis pâlissants, la terreur des mondes tremblants;

Puis, d'un choc tout-puissant, de faire sortir le globe de ses pôles, de diriger sur lui , comme des navires volants, les astres de l’immensité , d’étre le monarque des astres mêmes,

Et, du trône suprême où se tenait Jéhova, de s’élancer ivre sur un des cieux , sur les sphères en débris.... Oh! le conquérant seul sent cela !

Quand la campagne la plus florissante, printanière, pareille à l’Éden , est livrée au deuil , surchargée des ruines des roches croulantes; quand les étoiles pâlissent au ciel , que les flammes de la ville royale ,

Fouettées par l’ouragan , vont toucher les nues de leur souffle ardent , ton regard enivré s’élève avec transport au-dessus des flammes. Tu n’as eu soif que de gloire (monde, paye-la!).... et d’immortalité....

Oui, conquérant! oui.... tu seras immortel. Le vieillard qui râle espère que tu seras immortel , et l’orphelin et la veuve espèrent que tu seras immortel.

Lève les yeux au ciel , tyran.... De là-bas, du champ sanglant où tu fus le semeur, une vapeur de mort monte vers les cieux, pour hurler, transformée en mille tempêtes, au-dessus de ta tète qui contemple.

Comme tout tremble au dedans de toi! comme ton sein frissonne!... .\h ! si mon imprécation était un ouragan, si elle pouvait mugir à travers la nuit, fouetter, pour les réunir, les mille nuées d’orage ,

Faire voler, de.scendre et se ruer sur toi la tempête affreusement rugis.sante, et tantôt te montrer à l’Olympe, te montrer ballotté par les nuages déchaînés, tantôt t’ensevelir dans l’Erèbe!

Recule, recule frémissant, égorgeur! à chaque tourbillon de poussière que ta marche rapide soulève vers le ciel : c’est la poussière de ton frère , poussière qui crie vengeance contre toi.

Si maintenant, du pied du trône, la trompette tonnante de Dieu ordonnait la résurrection.... si, dans l’aurore brillante du jour solennel, le mort se levait .soudain, et t’entraînait audevant du juge !

Ah! lorsqu’il descendra dans la nuit des nuées , quand reten-

POÉSIES DÉTACHÉES

tira à travers les airs la balance Uu dernier jugement , pour te peser, toi, in filme! entre le ciel et l'Érèbe;

Quand toutes les âmes immolées passeront devant la lialance terrible, la chargeant de vengeance , d’un signe de leur tête ; quand le soleil, voyant d’en haut, et la lune, et les sphères attentives ,

Et l’Olympe , les Séraphins , les Chérubins, la terre et le ciel s’y précipiteront, l’entraîneront en bas dans ce fond des fonds où ton trOne s’élève , conquérant ;

Et que tu seras là debout devant Dieu, devant l’Olympe, que tu ne pourras ni pleurer, ni implorer merci , ni te repentir, ni jamais trouver grâce , conquérant :

Oh! qu’alors la malédiction qui bout dans ma poitrine brûlante se précipite dans la balance , tonnant comme des deux qui croulent.... et qu'elle entraîne la balance , plus bas , plus bas , jusqu’à l’enfer!

Alors , alors aussi , mon vœu , ma malédiction , la plus maudite , la plus ardente , la plus furieuse , sera entièrement assouvie ; oh ! alors , je veux , avec volupté , avec transport ,

Me rouler dans la poussière, devant toi, ô juge, au pied de l'autel , exalter le jour où il fut jugé , le célébrer durant l’éternité , et le nommer le plus beau des jours!

HYJLNE A L’INFIKI’.

Entre la terre et le ciel , dans l’océan des airs , dans le berceau de la tempête , je m’élève , debout sur la pointe d’un rocher ; sous moi les nuages s’amoncellent en orages ; mon regard erre fasciné alentour, et je te pense, ô Éternel!

Prête à l’infini , Nature colossale , ta pompe horrible. Toi, la fille de l’infinité , sois-moi le miroir de Jéhova ! Orgue de la tempête, annonce niagniliiiuement son dieu au ver raisonnable!

Écoule! l’orgue retentit.... Comme le son éclate et descend le long du rocher ! L’ouragan prononce en inugissant le nom de Sabaoth. Le stylet de l’éclair écrit : c Créatures , me reconnaissez-vous? » Grâce , Seigneur! nous te reconnaissons!

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