‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 222 sur 311 · PEINTURE DE LV VIE HUMAINE · texte numérisé non relu

PEINTURE DE LV VIE HUMAINE

Vraiment , vraiment , nous sommes , nous les maîtres si vantés du monde, de pauvres enfants de douleur, depuis notre naissance, jusqu’à ce que la dernière larme tombe de nos yeux, pauvres sires.

A peine nous glissons-nous de notre tonneau dans cette grande et vaste maison de fous , que déjà nous saluons le soleil de nos sanglots ; toutes nos misères , nous les sentons d’avance.

Quand l’enfant porte ses premières culottes , déjà un pédant est là en embuscade , qui le vexe , hélas ! et lui peint sur le dos la sagesse des grands Romains.

Si la Jeunesse nous tend ses mains de rose, quels biens nous apporte la magicienne? Des fillettes , des dettes, la jalousie, à la tin des cornes ou même les pistolets.

A l’àge d’homme, vient un autre démon : c’est ambition qu'il se nomme ; souvent aussi , il se nomme femme ; et le souci des aliments tourmente notre estomac , comme les doutes le crâne d’un fou.

Lorsqu’enfin la vieillesse furtivement arrive , dites , quel est le lot du pauvre vieillard? La toux et le mépris , la raillerie et la langueur, la phthisie, l’ennui , la goutte.

Pour combler la mesure de l’affliction , il nous faut voir le sourire d’un héritier.... Vaut-il bien la peine , pour des misères pareilles , de sortir du sein maternel ?

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