Charles-Eugène, duc régnant de Wurteml>erg
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S18 POÉSIES nÉTACIIÉES.
sourde et creuse, ô fils de nombreuses années, la Mort vous
parle :
» Dieux de la terre, croyez-vous donc , avec le puéril orgueil de la grandeur (ce bois renferme tout dans cet étroit espace), me braver impunément? Que sert la faveur du monarque, qui souvent ne brille que dans la plaque de chevalerie? que sert l'art tortueux du courtisan quand votre œil s’obscurcit et s’éteint ? Dieux de la terre, parlez donc 1 cette fumée divine une fois dissipée, dites, que seriez-vous encore si vous.... restiez des hommes pervers ?
■ Me bravez-vous avec le nom de vos orgueilleux iincètres, parce que deux des gouttes de votre sang coulèrent jadis dans les veines d’anciens héros ? Êtes-vous tiers d’un bien transmis par héritage? S’inquiétera-t-on là-bas du rang de Uieger? La faveur de Charles le suit-elle jusque-là? Sa croix de chevalier l’élèvcra-t-elle plus haut que les jubilations de ceux qui le bénissent? Quand le juge feuillettera le livre des dettes, demandcra-t-il si ce grand mort a ici-bas gravi le temple de la victoire? S’informe-t-on là comment ici on l’a divinisé? Dieu jugc-t-il.... comme nous? •
.Mais bonlieur à toi, àme transfigurée, prends avec joie ton vol vers le soleil ! Pour ton cœur l’humanité eut plus de prix que la brillante tromperie de la grandeur. Les belles actions étaient tes trésors, entassés pour un monde plus beau. Tu passas heureusement à travers les filets dorés où l’ambition fait tomber ses esclaves. Tandis que l’armure de géant d’une grandeur orgueilleuse écrase maint grand cœür de héros , toi , tu as fui, libre, écliappé au tumulte de ce monde.... et le bonheur est ton partage. Là où , dans d’éternelles aurores , tu cueilles un laurier qui jamais ne se fane, et abaisses tes regards, avec une douce pitié, sur cette planète, séjour de deuil ; là où tu enlaces de purs séraphins par d’éternels embrassements, où tu balances, au son des harpes triomphantes , tes ailes hardies à travers les deux; là où Rieger, dans les délices et les rêves d’Éden, oublie les tortures de cette vie , où , brillante comme le soleil , la vérité l’inonde, débordant par mille canaux....
là nous verrons.... triomphez, frères!... là nous reverrons notre Rieger.
APPENDICE
TRÈS-IIUMni.F. ADRESSE
D’n» POÈTE TRAG101.E DECOUBACÉ, PBÉSESTÉE AU DÉPARTEMENT DE LA LATANDEBIÏ DE LA MAISON KÔBNEB, A LOSCHWITZ'.
.Ma tête est stupide et lourde comme du plomb , la tabatière ■vide, l'estomac à jeun.... Que le ciel soit propice à la tragédie!
Je gratte avec mon tuyau de plume sur le chiflbn broyé Qui peut pomjier du fond d’un cœur creux les émotions, le sentiment?
11 me faut verser du feu sur le papier.... avec des doigts glacés.... O Phébus, si tu hais le barbouillage, récliaulfe ton disciple !
La lessive claque devant ma porte, la fille de cuisine piaille’, et devant moi , une porte à deux battants s’ouvre et m’appelle à la cour du roi Philippe.
J’enfourche bravement mon coursier; en peu de secondes je suis h Madrid; déjà je l’ai attaché à l’entrée du palais du roi.
Je traverse la galerie d’un pas rapide; là j’épie la princesse Éboli dans sa douce ivre.sse d’amour.
Elle se jette au cou du prince, toute frémissante de volupté; dans ses yeux est une joie divine; lui, dans les siens, n’a que tristesse.
Déjà la jeune beauté s’écrie ; « Triomphe! • déjà j’entends.... Mort et enfer! qu’ai-je entendu ?... Un bas mouillé jeté dans le baquet.
1. Celte boutade est de 1786. Elle fut publiée d’abord dans la Nomelle Caselle mensuelle de Berlin, en 18l)i. Pendant l’automne do 1786, Schiller demeurait cher. son ami Korner. prés de Loschwitz. On imprimait li Leipzig son don Carlos. Pre.ssé par son éditeur, il fut obligé un jour de rester à ta maison pendant que toute la famiUe Kôrner était allée faire une excursion auz environs. Par malheur, Mme Kôrner, qui avait compté que Schiller serait dj la partie, avait donné ordre qu’on fit la lessive pendant son absence, et de plus fermé sa cave et ses armoires, de façon que le pauvre poète fut réduit à jeûner et n’eut môme pas de bois pour se chaulTer.
2. C’esl-à^Jire sur le papier. — Cette seconde strophe manque dans plusieurs
éditions. ,
3. D’autres éditeurs, au lieu de plàrrt, « piaille, » donnent scharri,
« racle. •
5î0 POIvSIES nP.TACHfiES.
Adieu rêve et féerie!... Princesse, Dieu vous bénisse! Que le dinble emporle la poésie voisine de la lessive!
FRÉDKRIC SCHILI.ER ,
Pcêie ilomcvliquc cl i)e mi;n.igc.
A )IADEMOISELI,E D'"*. DEM IS COllTESSE DE K***
I n bal masqué , image frappante de cette vie , t’a donnée à moi pour amie. Mon premier aspect fut.... tromperie; mais notiv alliance, conclue en badinant, lasympatliie des cœurs l’a conlirmée.
l'n regard a suffi , et , à travers le masque que je portais, ce regard a lu dans mon cœur, qui battait brûlant dans ma poitrine. U> commencement de notre amitié ne fut.... qu’apparence ; que la suite soit vérité.
Dans la loterie si mêlée de la vk\ bien souvent nous ne tirons que des billets blancs. Plus d’un porte le sceau glorieux de l’amitié, qui fuit, jiertide, à l'heure de l'épreuve. Souvent nous voyons l'image que nous peignent nos rêves rayonner à nos regards dans des yeux humains. « C'est lui ! crions-nous , il faut que ce soit lui ! » Nous l’espérons.... et c’est.... un roc.
Ce noble penchant qui attache magnétiquement les unes aux autres les âmes tendres; qui nous pousse à nous tourmenter de la souffrance, à nous réjouir du bonheur d’autrui ; qui nous apprend à porter les lourds fardeaux de la vie, à vaincre même les terreurs de la mort; grâce auquel nous osons approcher plus près de la divinité , et qui nous rendrait môme moins douloureuse la privation du paradis.... ce noble penchant, tu l'as pleinement éprouvé; tu as en partage le rare et beau lot de l’amitié. Le plus grand des trésors, qui a échappé à des milliers d’hommes, tu l'as cherché.... tu l’as trouvé : cVst d'étre l’amie d’un ami.
I. Celle pièce, qui est, dil-on, du mois de mai 178' , parut d’alioni dans im lupplémcnt aux œuvres do Schiller, publié à Tùbingue et & Vienne en 1810. Le collecteur anonyme dit, dans une note, qu’il la lient deU personne même à laquelle elle fut adressée.
Al’PKXDU'.K.
Garde-moi aussi ce nom glorieux; qu’il me reste une place dans ton cœur ! Le destin nous a rapprochés tard , mais il faut que notre alliance soit éternelle. Je ne puis le donner qu’une amitié fidèle : mon cœur est tout mon mérite. Je veux m'elTorccr d’être digne de toi.... Ton cœur me restera.... si tu connais le mien.