‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 237 sur 311 · A Weimar. {Soie de M, Hoffmeister · texte numérisé non relu

A Weimar. {Soie de M, Hoffmeister

POESIES DÈTACüKES.

dans la contiVe brillante, étrangère à l’humaine petitesse, où commandent les fantaisies au sceptre d'or; où l*ygmalion ne pleure plus , inexaucé, auprès de son marbre; où l'on n’entend que le doux murmure des Napécs sortir eonfidemment du vert feuillage; où la Naïade amie apparaît près de la source qui gazouille; où, sous les regards ravis, se déchirent les voiles mystérieux qui enveloppent dans une lueur douteuse l'image du monde antique; où l’esprit, sans entraves, parcourt les bocages de rilissus, et, sur les rives du Strymon, écoute le chant des bergers ! Salut, bois toutlu , romantique vallée de Tibur , fontaine de Blandusie, cours murmurant de l’Anio! Hélas! le temps m’a ravi jusqu’il ma pauvre consolation, de me tromper gaiement moi-méine, de me bAtir des palais aériens. Qui maintenant nous comprend? qui peut nous entendre et saisir notre pensée? Froid, insensible, émoussé, chacun ne regarde qu’à soi. Ce que nous senlons, ce qui autrefois battait dans toute poitrine , est pour le peuple une énigme, voilée des ténèbres du Styx. Ami , la source s’est tarie qui nous versait, au pied du Pinde, ses flots argentés; le soleil d’Ionie s’est éteint, l’Isthme est [ilongé dans la nuit, la mer tonne déchaînée dans le Pirée désert, des filets de pécheurs pendent en ces lieux où brillaient jadis des flottes superbes. Au but ne flottent plus les couronnes ondoyantes de la gloire; l’hifipodrome ne retèntit plus du bruit des chars; l'hymne de Pindare se tait; les dieux irrités ont fui, et sur les autels obscurs le feu sacré s’est éteint. Hendez-moi , ciel et terre , la cité et les lois de Périclès! Ah! mon co'ur soupire après ce temps qui a fui. Mais l’Olympe fleurit, fleurit encore pour un cercle étroit d’hommes sensibles ; le temps de Saturne fleurit de nouveau. Ce qui nourrit la vie , ce qui réjouit la vie, les Grâces, soeurs aimables, l’embellissent toujours. Celui-là seul vit, qu’elles ont à sa nai.ssance favorisé d’un sourire propice, plantant elles-mêmes dans son cœur sensible l’Age d’or. Ils sont loin ces temps où jaillissait la source vive qui n’ollrait que des coupes écurnantes pour une sublime jouissance '. Et des

1. Ltt trailuction n'e^t pas ici plus obscure que rorigiiiul :

Welche au ho/icm Genn« Brrhfr nur bot.

M. Hoiïmeisier dit que raiiüienticiié de celle épltre lui parait incontestable;

APPENDICE

enfants iléjçénéi’és, hélas! hahilent les rives des saints fleuves. Le Nord, de son souffle glacé, a arraché toutes les fleurs. Vois! le temple des Immortels n’est plus qu’un amas de l'uines et de cendres, et le chœur des (JrJces est livré nu deuil dans les champs d’Hellas. lœs ouragans ont dispersé depuis longtemps la cendre des citoyens de Cécrops; le voyageur maintenant pleure sur leur tombe couverte de mousse. Cependant l’antique oracle retentit encore , entendu des initiés. Phébus vit , son chant résonne aux oreilles des hommes sensibles. Lcoute , ami , ce cliant sublime, et n'oublie pas ton ami, que son sort envieux retient loin d’Arcadie.

FEUILLE D’ALBU.M POUB AUGUSTE DE GOETHE'.

Aimable enfant, la fortune t’aime , car elle t’a donné le premier, le plus précieux des biens, celui de te réjouir glorieusement de ton père. ^laintonant tu ne vois encore en lui que l’ûme aimante de l’ami le plus tendre; quand tu seras bomme, tu comprendras mes paroles. Alors tu reviendras, avec les sentiments d’un nouvel amour, sur le sein du grand homme qui aujourd’hui n’est encore pour toi qu’un père. Qu’il vive en toi comme il vit dans les œuvres sublimes qu’il nous a créées, le poète unique, florissantes, immortelles; et que le lien cordial de la mutuelle sympathie et du dévouement qui unit les pères continue d’unir les fils

pour moi, j'avoue que les négligences dont elle abonde me laissent quelques doutes. Ce n’était pas là, surtout en 1802, le style de Schiller, et il ne sufnt pas, pour ercuser les taches, de dire que la pièce n’était pas destinée à l'impression.

1. Ecrit de la main de Schiller, vraisemblablement en 1804, dans l’album

d’.\ugu5te de Goethe, fils de l’illustre poêle, né en 1795 et mort à Itome en 1830. ^ ^

2. Il y a dans l’allemand : a Qui unit les fils continue d’unir les pères. » C’est sans doute une faute; au moins les mots dont se sert ici le poète seraient-ils bien graves pour une amitié enfantine comme celle qui pouvait lier en ce temps là deux petits garçons comme .Vuguste Goethe et Charles Schiller.

POÉSIES DÉTACHÉES

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