bu mois (lu septembre 1797. — Almanach dex Mus^4 Ue
8CHII.Ï.ER. — POÉSIES.
ducteur : un jour qu'ils revenaient de la chasse, il répand dans son cœur le germe du soupçon.
• Que vous êtes heureux, noble comte! commença-t-il, plein de perfidie; la morsure empoisonnée du doute ne vous ravit pas le sommeil d'or; car vous possédez une noble épouse : la pudeur ceint son chaste corps; jamais le tentateur ne réussira à surprendre sa pieuse fidélité. »
Iæ comte, à ces mots, fronce ses sombres sourcils : « Que me dis-tu là, compagnon? Je compterai, moi, sur la vertu des femmes, mobile comme la vague? La voix du flatteur les entraîne aisément. Ma foi repose sur un fond plus solide : le séducteur n’ose approcher, j’espère , de la femme du comte de Saverne. »
L’autre reprend ; « Vous avez raison ; il ne mérite que votre raillerie , l’insensé qui , né serviteur , est osé à ce point , et élève sa convoitise jusqu’à la dame qui lui commande! — Quoi? interrompt le comte frémissant, • parles-tu de quelqu’un qui a vie?
— Ah! oui, sans doute, ce qui est dans toutes les bouches serait caché à mon seigneur! Mais puisqu’à dessein vous en faites mystère, je iii’cn tais volontiers.... — Tu es mort, misérable, parle! .s’écrie le comte sévère et terrible. Oui lève les yeux sur Cunégonde ? — Eh ! mais je parle du blondin.
« n n’est pas laid de sa personne, » poursuit-il avec perOdie, tandis qu’à ces mots le comte se sent tour à tour transir et brûler. • Est il possible. Seigneur? Vous n’avez jamais remarqué qu’il n’a des yeux que pour elle? que vous-même , à table, il ne vous voit pas ; qu’il languit et soupire enchaîné au siège de sa dame ?
« Voyez ces vers qu’il a écrits et où il avoue sa flamme.... — Avoue! — Et ose, le drôle insolent, demander du retour. La gracieuse comtesse, douce et tendre, vous l’a caché, par pitié