I.E MESSAGE A I.A FORGE
sans doute. J’ai regret maintenant que cela me soit échappé; car , Seigneur , qu’avez-vous à redouter ? »
Le comte alors , dans son ardent courroux , poussa son cheval jusqu'il la forêt prochaine, où , dans la flamme des hauts fourneaux, fondait le fer de ses mines. Là, soir et matin, de leurs mains actives, les serviteurs nourrissaient la fournaise : l’étincellejaillit, les soufflets soufflent, comme s’il s’agissait de vitrifler des rocs.
Là on voit s’unir la force de l’eau et du feu ; la roue poussée par la vague tourne et tourne sans cesse. I^es engins claquent nuit et jour, le coup des marteaux résonne en cadence ; et, façonné par ces chocs puissants, il faut que le fer même s’amollisse.
Le comte fait signe à deux serviteurs , commande et dit : « Le premier que j’enverrai ici et qui vous demandera ; Avezvous exécuté l’ordre de monseigneur ? jetez-le-moi dans l’enfer quf voilà; qu’aussitùt il soit réduit en cendres, et que mon œil jamais ne le revoie. »
Le couple inhumain s’en réjouit , d’une joie féroce de bourreau; car dans leur poitrine le cœur est insensible comme le fer : et de l'haleine des soufflets ils excitent le feu plus ardemment dans le ventre du fourneau, et s’apprêtent, avides de meurtre , à recevoir la victime vouée à la mort.
Cependant Robert dit à son camarade , d’un air faux et hypocrite : « Vite, camarade, ne tarde pas; monseigneur te demande. » Et le seigneur dit à Fridolin : « Il te faut aller sur-lechamp à la forge, et là demande aux serviteurs s’ils ont fait selon ma parole. »
Et il dit ; « Ce sera fait, » et s’apprête aussitôt. Tout à coup cependant il s’arrête pensif : « N’a-t-elle rien à m’ordonner? » et il se présente devant la comtesse : « On m’envoie au dehors , à la forge; dites ! que puis-je faire pour vous? car c’est à vous qu’appartient mon service. •
POÉSIKS DKTACIIÉES.
Lîi-dessus la clame de Saverne reprend d’une voix douce : « J’entendrais volontiers la sainte messe ; mais mon fils est au lit, malade. Va donc, mon enfant, et dis pieusement une prière ■pour moi , et songeant avec repentir à tes péchés, fais que moi aussi j’obtienne grâce. »
Heureux de ce devoir cher à son coeur, il part à la hâte. Il n’a pas encore atteint , dans sa course rapide , le bout du village , à son oreille retentit le clair battement de la cloche que la corde met en branle et qui invite solennellement tous les pécheurs, insigné bienfait de la grâce , nu .sacrement de l’autel.
* N’évite pas le bon Dieu , si tu le trouves sur ton chemin , » se dit-il , et il entre dans la maison de Dieu. Aucun bruit ne s’y fait encore entendre; car c'était le temps de la récolte, et par les champs le zèle des moissonneurs était dans tout son feu; nul acolyte n’avait paru pour servir la messe selon les règles.
11 est nussitcH résolu et fait le sacristain. • Ce qui vous avance dans la route du ciel n’est point, dit-il , un retard. » Pieux ministre, il revêt le prêtre de l’étole et de la ceinture; il apprête rapidement les vases consacrés au service de la messe.
Et quand il a tout disposé avec diligence, il précède comme clerc le prêtre à l’autel , le missel dans la main , et il s’agenouille à droite , puis à gauche ; il est attentif à chaque signe ; et quand viennent les paroles du Sanctus , il sonne trois fois à ce mot la clochette.
Puis quand le prêtre s’incline pieusement, et que, tourné vers l’autel, il montre, dans ses mains qu’il élève , le Dieu présent dans l’hostie , le sacristain l’annonce en agitant la clochette aux sons clairs, et tous, agenouillés, se frappent la poitrine et se signent dévotement devant le Christ.
11 accomplit ainsi ponctuellement tout son ministère avec adresse et promptitude ; les usages de la maison de Dieu , il les