‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 43 sur 311 · LK CHANT DK I.A CLOCHE · texte numérisé non relu

LK CHANT DK I.A CLOCHE

large front reviennent en mugissant remplir l'étable accoutu- I mée. Le chariot, chargé de grain, entre lourdement, en vacil- I lant. La guirlande diaprée repose sur les gerbes, et le jeune peuple des moissonneurs vole à la danse. Sur la place, dans la rue, le silence s'étend ; les habitants de la maison s'assoient autour de la lampe qui les réunit, et la porte de la ville se ferme en grinçant sur ses gonds. La terre se couvre de ténèbres, mais le citoyen en sûreté n'est i>as effrayé par la nuit qui réveille le méchant, en proie à l'horreur ; car l'œil de la loi veille.

Ordre saint, fils bienfaisant du ciel, qui , par une libre union, facile et heureuse , lies entre eux les égaux , c'est toi qui jetas les fondements des villes et qui , des champs , y appelas le sauvage insociable, toi qui entras dans les huttes des hommes, les liabituas à de douces mœurs, et tressas le plus cher de tous les liens, l'amour de la patrie !

Mille mains diligentes se remuent et s'entraident dans un joyeux accord, et, dans cette ardente agitation, toutes les forces se manifestent. Maître et compagnons , tous s'évertuent sous la protection sainte de la liberté. Chacun est content de la place qu'il occupe, et se rit de qui le méprise. Le travail est l’ornement du citoyen, l’abondance est le prix de sa peine. Si le roi s’honore de sa dignité , notre honneur à nous, c’est le travail de nos mains.

Charmante paix, douce concorde, planez, planez, bienveillantes , sur cette cité! Puisse-t-il ne paraître jamais , le jour où les hordes barbares de la guerre inonderaient cette vallée paisible , où le ciel , que colore gracieusement la douce pourpre du soir, renverrait les lueurs terribles des hameaux et des villes en proie à l’incendie!

.Maintenant brisez-moi le moule! il a rempli son office.

Que le cœur et l’œil se repaissent du succès de notre œuvre.

Brandissez, brandissez le marteau, jusqu’il ce que la chape

éclate! Pour que la cloche ressuscite, il faut que le moule soit

mis en pièces.

Le maître peut briser le moule d’une main prudente, au mo-

l’OÉSIES DÉTACHÉES.

meut opportun ; mais malheur si le métal brûlant s’échappe lui-méme en rui.s.seaux de flammes! Dans son aveugle rage, avec le bruit du tonnerre, il fait éclater et sauter la maison, et, comme d’une gueule béante de l’enfer, vomit la ruine et l'incendie. Partout où régnent, inintelligentes, les forces brutes, nulle œuvre régulière ne se peut former. Lorsque les peuples s'affranchissent eux-mémes , la prospérité ne peut fleurir.

Malheur lorsqu’au sein des villes le foyer d’incendie s’est sourdement amassé, et que le peuple, brisant sa chaîne, cherche , terrible, son secours en lui-méme! L’émeute alors tire convulsivement les cordes de la cloche, si bien qu’elle éclate en hurlements, et, consacrée aux seuls accents de paix, donne le signal de la violence.

Liberté, égalité! voilà les cris qu’on entend retentir. Le paisible bourgeois saisit les armes; les rues, les portiques se remplissent , et des bandes d’égorgeurs circulent. Alors les femmes deviennent des hyènes et se font un jeu de l’horreur; de leurs dents de panthères , elles déchirent le cœur palpitant d’un ennemi. Plus rien de sacré; tous les liens de la sainte pudeur se rompent. Le bon cède la place au méchant, et tous les vices régnent en liberté. 11 est dangereux d’éveiller le lion , la dent du tigre est meurtrière; mais la plus terrible des terreurs, c’est l’homme dans son délire. Malheur à ceux qui prêtent a cet éternel aveugle le céleste flambeau de la lumière! Elle ne brille pas pour l’éclairer; elle ne peut que brûler et réduire en cendres les villes et les contrées.

Dieu m’a comblé de joie! Voyez ! tel qu’une étoile d’or, le noyau de métal se dégage, resplendissant et uni , do son epveloppe. Du sommet au bord , il reluit comme l’éclat du soleil. Jusqu’aux écussons si nets des armoiries, tout jiroclame l’habileté de l’artiste.

Entrez, entrez tous, compagnons! formez le cercle; consacrons la cloche en la baptisant. Que son nom soit • Concorde! • Qu’elle rassemble dans un parfait accord, une intime alliance, la commune unie de cœur, . ,

Et qu’à l’avenir ce soit là sa mission, pour laquelle le maître

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