I,E CHANT DK LA CLOCHE
l’a créée. Planant dans les airs, bien au-dessus de l’humble vie terrestre, 'qu’elle se balance, voisine du tonnerre, sous la tente azurée des deux, et conline au monde des étoiles. Qu’elle soit une voix d’en haut, comme le chœur éclatant des astres, qui, dans leur marche, louent leur créateur, et conduisent l’année parée de sa couronne. Que sa bouche d’airain ne soit consacrée qu’aux pensées graves et éternelles, et que d’heure en heure, #e .ses ailes rapides , le temps l’elineure dans son vol. Qu’elle prête sa voix au destin; que, sans cœur elle-même et sans sympathie, elle accompagne de ses vibrations le jeu inconstant de la vie. Comme le son puissant qu’elle laisse échapper frappe l’oreille, puis expire, qu’ainsi elle enseigne que rien ne demeure , que toute chose terrestre s’évanouit.
Maintenant, avec le secours du câble, tirez-moi de la fosse la cloche vacillante : qu’elle monte dans l’empire du son, dans l’air céleste ! Tirez, tirez, levez! f^lle .se meut et flotte; que ses premiers sons annoncent la joie à cette ville et soient le signal de la paix !
LA PROMENADE'
Salut , ô ma montagne , avec ton sommet rayonnant de pourpre! Salut, ô soleil, toi qui le colores d'une si aimable lumière! Toi aussi, je te salue, cam[)agne animée, et vous, tilleuls
1. Ce poème, qui parait avoir été inspiré en partie p.ir les souvenirs du paysape qui s’étend de Stuttgart é Hohenheim, futd’alrord inséré, sous lo titre d’Élégie, dans les Heuret de 1795. Ce titre d’Éltgie convenait au mètre de la pièce, qui est en distiques, et en outre Schiller avait voulu faire de ce tableau un modèle du genre do descriptions et de la nature d'idées et de sentiments qu'il croyait propies h la poésie élégiaque.
rOÉSlES DÉTACHÉES.
! frémissants, avec le chœur joyeux qui se balance sur les branches, et toi encore, paisible azur , qui à l'iiirini te répands autour de la montagne brune et sur la verte forêt , autour de moi aussi, de moi qui , échappé enfin à la prison de ma chambre et aux étroits entretiens , me réfugie joyeux vers toi! Le courant balsamique de ton atmosphère me pénètre et me ranime, et la lumière viviliante rafraîchit mon regard altéré. Sur les prés fleuris, les changeantes couleurs brillent d’un puissant éclat$ mais leur lutte attrayante se résout en gracieuse harmonie : la prairie m'accueille, content et libre, sur son tapis au loin étendu ; à travers son aimable verdure , serpente le sentier champêtre. Autour de moi bourdonne la diligente abeille sur son aile incertaine , le papillon se berce au dessus du trèfle rougeMj-e. trait brûlant du soleil me frapiie ; les zéphyrs doucement reposent; seul, le chant de l’alouette tourbillonne dans l’air serein.
Mais j’entends bruire le bois voisin; les couronnes des aunes s’inclinent profondément, et l’herbe argentée ondoie au vent, l'ne nuit divine m’enveloppe; un magnifique toit de hêtres ombreux me reçoit dans une fraîcheur embaumée. Dans le mystère de la forêt, le paysage tout !i coup m’échappe, et je gravis un sentier sinueux, qui me mène sur la hauteur. Une avare lumière ne perce qu’à la dérobée le treillis de feuillage des rameaux , et çà et là se montre l’azur riant du ciel.
Mais soudain le voile se déchire : la forêt s’ouvre, et me rend, ê surprise! à l’éclat éblouissant du jour. A perte de vue, le lointain s'étend devant mes regards, et une chaîne bleuâtre et vaporeuse termine pour moi le monde. Bien bas au pied de la montagne, qui sous moi descend à pic, passe le miroir ondoyant du fleuve aux eaux vertes. Je vois l’éther, sans bornes, audessous de moi ; sans bornes , au-dessus ; je regarde en haut saisi de vertige ; en bas, saisi d’horreur. Mais entre la hauteur éternelle et réternelle profondeur, un sentier bordé d’une rampe conduit sûrement le voyageur. A mes cotés fuient les riantes et fertiles rives du fleuve, et la vallée, dans sa raagnilicence, glorilie l’ardeur diligente de l’homme. Ces lignes, vois, qui divisent le domaine du laboureur. Gérés les a lissues dans le tapis de la campagne, la Loi les a tracées de sa main bienveil-