LA FÊTE DE LA VICTOIRE
Heureux celui dont une épouse fidèle garde la maison, pure et chaste ! Car la femme est de nature fausse , et la perfide aime le changement.
Atride est ravi d'avoir reconquis son épouse; autour des charmes de son beau corps, il enlace ses bras avec ivresse. IjA ruine attend l’action coupable, la vengeance suit le crime; car au haut des deux le fils de Saturne règne juste et sage.
Le mal doit finir par le mal : pesant les mérites d’une main équitable , Jupiter venge sur la race criminelle les droits de l’hospitalité.
€ Certes, il sied à l’heureux, s’écrie le vaillant fils d’O'ilée, de louer ceux qui régnent là-haut sur leur trône céleste! La Fortune répartit les dons, sans choix, .sans équité : car Patrocle glt dfcns la tombe, et Thersite revient vivant!
« Puisque la Fortune, puisant dans sa tonne, dispense les .sorts en aveugle, 'qu’il se livre aujourd’hui aux transports de la joie, (juiconque a gagné le lot de la vie!
• Oui, la guerre engloutit les meilleurs ! Qu’à jamais on songe à toi, frère, dans les fêtes des Grecs, à toi qui étais une tour au milieu des batailles. Quand brûlèrent les vaisseaux des Grecs, le salut fut dans ton bras; et pourtant à la ruse, féconde en ressources , échut le noble prix.
« Paix à tes restes sacrés! Ce n’est pas l’ennemi qui t’a dompté. Ajax est tombé par la force d’.Ajax. Ah! la colère perd les meilleurs! »
.Néoptolème alors offre le vin de la libation sainte à son père, au grand héros : « Entre tous les destins terrestres, auguste |)ère, c’est le tien que je loue. De tous les biens de la vie la gloire n’est-il pas le plus noble? Quand le corps est tombé en poussière, le gi'and nom vit encore.
€ Vaillant guerrier, la splendeui- de la gloire sera immortelle dans le chant; car la vie terrestre s’enfuit , et les morts vivent toujours. »
2t)8 POÉSIES DÉTACHÉES.
« .Si les voix du chant sont muettos sur l’homme qui fut vaincu, je veux, moi, témoigner pour Hector, s’écrie le fils de Tydéc, pour celui qui tomba en combattant, protecteur des autels domestiques, l’ne gloire plus grande couronne le vainqueur; mais lui, un but plus beau le glorifie.
• Celui qui tomba en combattant, défenseur et rempart des autels domestiques, l’iionneur de son nom vit à jamais, même dans la bouche de l’ennemi. »
Nestor cej>endant, le vieux convive, qui vit trois àgas d’hommes, olfre il Hécube en pleurs la coupe couronnée de feuillage : • Vide la coupe qui refait et conforte, et oublie ta grande douleur! Merveilleux est le don de Bacdius, baume salutaire pour le cœur déchiré.
• Vide la coupe qui refait et conforte, et oublie ta grande douleur! Baume .salutaire pour le cœur déchiré, ah! merveilleux est le don de Bacchus.
• Elle-même, Niobé, en butte au terrible courroux des Immortels, goilta le fruit des épis, et dompta le sentiment de sa douleur. Tant qu’au bord des lèvres écume la source de vie, la douleur est plongée, retenue par un charme, dans les flots du I.éthé.
• Oui, tant que la source de vie écume au bord des lèvres, nos songes écartent le chagrin, et les flots du Wthé l'entraînent. »
Alors, saisie du dieu qui la possède, la prophétesse se leva; du haut des navires elle jeta un regard sur la fumée de sa patrie. « Toute vie terrestre est fumée; comme s’agite la colonne de vapeur, ainsi s’évanouit toute grandeur ici-ilas ; les dieux seuls restent immuables. »
I.ie.s soucis voltigent autour du cheval du cavalier, autour du vaisseau. Vivons donc, demain nous ne le pourrons plus, vivons aujourd’hui !
PÜliSIKS DÉTACllliKS.