VOIX D’UN ESPRIT
Où je suis , où je me retirai , quand mon ombre fugitive t'échappa? Tu le demandes ! N’ai-je jtas consommé et fini pion destin? n'ai-je pas aimé et v^u?
T’informes-tu des rossignols qui , de leur touchante mélodie, te ravissaient aux jours du printemps ? Ils ne furent que le temps qu’ils aimèrent.
Tu demandes si j’ai retrouvé l’ami perdu ? Crois-moi , je suis unie à lui , là où ne se sépare plus ce qui s’est réuni , là où nulle larme ne se pleure.
C’est là que, toi aussi, tu nous retrouveras, si ton amour ressemble à notre amour. Là aussi mon père est pur de tout péché; le meurtre sanglant ne l’atteindra plus. ^
Et il sent qu’il n’était pas le jouet d’une illusion , lorsqu’il levait ses regards vers les astres ; car à chacun revient sa part , selon qu’il a pesé lui-m.ême ; croire que Dieu est proche , c’est l’avoir près de soi.
Dans ces espaces , il est tenu parole à tout beau sentiment de foi sincère. Ose errer et rêver : souvent un sens sublime se cache dans un jeu d’ênfant.
1. Ces strophes sont de 1802. Thécla est l’amante de Max Piccolomini, la fille de Wallenstein, sur le sort de laquelle Schiller, à la fin de sa trilogie, a laissi planer une certaine obscurité.
POÉSIES nÉTACHÉES.
lA PUCELLB D’ORLÉMS*.
Pour ravaler la noble image de l’humanité , la Taillerie t’a traînée dans la plus épaisse poussière : l’esprit moqueur est en lutte éternelle avec le beau; il ne croit ni à l’ange, ni au dieu; il veut ravir au cœur ses trésors , il combat l’illusion et blesse la foi.
Mais , issue , comme toi-même , d’une race candide , pieuse bergère comme toi, la Poésie te tend sa main divine; elle s’élance avec toi vers les astres éternels. Elle t’a entourée d’une auréole; le cœur t’a créée , tu vivras immortelle.
Le monde aime à noircir ce qui rayonne et à traîner le sublime dans la poudre. Mais sois sans crainte ! Il est encore de belles âmes qui s’enflamment pour ce qui fest élevé et grand. Que Momus divertisse la halle bruyante ; un noble esprit aime de plus nobles figures.
1. Ces trois stances sont do 1801. Elles parurent d’abord dans l'dlbuin det Dames (Taschenbuch fùr Damen) do ISM , sous le titre suivant ; « La PuceJIo de Voltaire cl la Vierge d'Orléans. ■ — La tragédie romantique die Jungfrau ton Orleasu fut représentée pour la première fois en IgOl.
POÉSIES DÉTACHÉES
LA JEUNE ÉrRANGÈRE'.
Dans un vallon, chez de pauvres bergers, apparaissait, à chaque année nouvelle, dès que les premières alouettes gazouillaient, une jeune lille, belle et meiTcilleuse.
Elle n’était pas née dans le vallon , on ne savait d’où elle venait , et sa trace se perdait soudain , dès qu’elle avait pris congé.
Son approche rendait heureux , et tous les cœurs se dilataient ; mais sa dignité , sa noblesse éloignaient la familiarité.
Elle apportait des fleurs et des fruits , mûris dans d’autres champs , aux rayons d'un autre soleil, au sein d’une nature plus heureuse ;
Et elle distribuait à chacun un présent; à celui-ci des fruits , des (leurs à celui-là : le jeune homme , le vieillard courbé sur son bâton, tous emportaient chez eux un don.
Tous les hôtes étaient les bienvenus; mais s’il se présentait un couple d’amants, elle lui offrait le meilleur des présents, la plus belle de toutes ses fleurs.
1. Cette all6gorie a paru d'abord dans VÀlmanaeh des Mutes de 1797.
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