VIE DE SCIIII.I.ER
ralalifs h son installation à Leipzig. Il lui dit ses goûts et ses besoins. Il ne veut demeurer ni au rez-de-chaussée, ni sous le toit. U désirerait deux chambres : l’une pour coucher et travailler , l’autre pour recevoir ses visites. Pour mobilier, il demande, outre le lit, une bonne commode, un bureau, un sofa, une table et quelques fauteuils. U ne voudrait pas pour tout au monde que ses fenêtres donnassent sur un cimetière : il aime les hommes et leur mouvement. De plus, il lui serait pénible de tenir encore ménage lui -même, c D’abord, je ne m’y entends pas ; puis par ces soins mon àme est partagée, et je me sens précipité de mon domaine idéal, quand un bas déchiré me ramène au monde réel. > Enfin , il aimerait mieux jeûner que de manger seul.
C’est dans les premiers jours d’avril 1785 qu'il quitta Mannheim. Il passa avec son fidèle Streicher la soirée qui précéda son départ. Convaincu par une dure expérience que la poésie en ce temps-là, en Allemagne, rapportait moins au poète qu'un métier quelconque à un artisan médiocre et diligent, il était bien résolu, disait-il, de n’étre plus poète qu’à ses heures. Il voulait se remettre à l’étude de la jurisprudence et ne doutait pas qu’il n’arrivàt bientôt à une honorable position. En se quittant, les deux amis se promirent de ne plus s’écrire avant que Streicher fût devenu maître de chapelle, et Schiller ministre de quelque petit prince. Ni l’un ni l’autre n’a vu son rêve s’accomplir. Streicher est mort à Vienne en 1833, fabricant de pianos. Schiller , grâce à Dieu , est resté, est devenu un grand poète. Il a continué de gravir, à la sueur de son front, le chemin qui mène à la gloire. L’admiration est égoïste : en jouissant de son génie, qui de nous regrette qu’il y ait sacrifié les honneurs, la richesse et jusqu’à son bien-être eq ce monde?
< Si vous voulez bien trouver à votre goût un homme qui a porté de gnindes choses dans son coeur et n’en a fait que de petites, qui jusqu’à présent ne peut conclure que de ses folies que la nature avait sur lui des vues particulières, qui, dans son amitié, est très-exigeant et ne sait pas même encore ce qu’il est capable de faire ; mais qui peut aimer autre chose que lui, plus que lui-même, et n’a pas de plus cuisant chagrin que d’être si peu ce qu’il voudrait être.... si un tel homme peut vous devenir cher , notre amitié est éternelle, car je suis cet horome-là. > C’est ainsi qu’il s’était annoncé à ses aimables correspondants, c’est dans ces sentiments de franche confiance et d’heureuse attente qu’il arriva à Leipzig, après un long et pénible