‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 77 sur 311 · LE BON GÉNIE · texte numérisé non relu

LE BON GÉNIE

« Croirai-je, dis-tu, à la parole que m’enseignent les maîtres de la sagesse, et que la troupe des disciples jure, empressée, assurée? La science peut-elle, seule, conduire à la paix véritable? l’échafaudage d’un système étayer, seul , le bonheur et le droit î Dois-je me défier de l’instinct qui tout bas m’avertit? de cette loi quetoi-méme, ô Nature, tu as gravée dans mon sein? m’en défier jusqu’à ce que l’école ait imprimé son sceau sur l’éternel décret, et que le vase de la formule enserre l’esprit fugitif? Disle-moi ! Tu es descendu dans ces profondeurs , et sorti sain et sauf de la poussière de ce tombeau. Tu sais ce que recèle la crypte des paroles obscures, et si la consolation des vivants est . au séjour des momies. Dois-je suivre cette route nocturne? Je frissonne, j’en conviens. Mais pourtant je la veux suivre, si elle conduit à la vérité, au droit. >

— Ami, tu connais, n’est-ce pas, l’âge d’or?... les poètes en ont raconté mainte légende, et touchante et naïve.... cet âge où le saint, le sacré était encore de ce monde, où le sentiment se conservait encore diaste et vierge, où la grande loi qui là-haut règne dans le cours des soleils, et qui , cachée dans l’œuf, éveille le germe qui tressaille, où la loi calme, constante, égale, de la nécessité agitait aussi les vagues plus libres du sein de l’homme : cet âge où le sens intime , infaillible et fidèle , comme l’aiguille du cadran, ne montrait aux mortels que le vrai, que l’éternel?... Alors on ne voyait ni profane, ni initié; ce qu’on sentait vivant dans l’âme, on ne le chercliait pas chez les morts. l.a règle éternelle était intelligible également pour tout cœur, également cacliée la source d’où celte règle découlait vivifiante.

1. Publié d'abord dans les Heuret de 179b, sous le titre de « Nature et Ecole.*

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