LE BON GÉNIE
Mais cpt heureux temps n’est [)lus! L’arbitraire fantaisie a troublé téméraii'enient la divine paix de la lidèle nature'. Le sentiment profané n’est plus la voix des dieux, et les oracles se taisent dans le cœur <légi-adé. Ce n’est que dans le moi , dans la conscience, plus paisible, que l’esprit attentif les perçoit encore, et la parole mystique garde le sens sacré. Là le penseur les évoque, lorsqu’il descend avec un cœur pur dans ce sanctuaire, et la sag(>sse lui rend la nature perdue.- N’as-tu jamais, heureux mortel, perdu l’ange gardien, jamais étouffé l’inspiration bienveillante de l’instinct pieux? la vérité se peint-elle encore, lidèle et pure, dans les chastes yeux ? son apfiel résonne-t-il, clair encore, dans ton sein candide? la révolte du doute est-elle muette encore dans ton âme satisfaite, sera-t-elle (le sais-tu sûrement?) muette à jamais, comme aujourd’hui? la lutte de tes sentiments n’aura-t-elle jamais besoin d’un juge , jamais le cœur perfide ne troublera-t-il la clarté de la raison’?... Oh! alors, poursuis ta route dans ta précieuse innocence ; la science ne peut rien t’apprendre. Qu’elle apprenne de toi ! Ce n’est pas pour toi qu’elle est faite, cette loi qui conduit, avec une verge de fer, le mortel qui regimbe. Ce que lu fais, ce qui te plaît, est loi, et passera à toutes les générations, comme un ordre divin. Ce que façonne ta main sainte’, ce que prononce ta bouche sainte , sera un mobile tout-puissant pour
1. La premiire iâition a ici quel>|ucs variantes et qucliiucs distiques de plus ;
t Le fleuve divin coule trouble et nuageux dans les coeurs coupables; on ne le puise encore pur et limpide qu’à la source. Cette source, c’est bien bas, dans les profondeurs de la raison pore, loin des traces de la passion, qu’elle ruisselle, argentine et fraîche. L’oracle a disparu du tumulte fougueux des sens, ce n’est que dans le moi plus paisible que l’esprit attentif l'entend ; mais, seule, la science peut ouvrir l’accès, et la parole mystique garde le sens sacré. >