PLAINTE DE CÉDÉS
Quand menront les enfants du printemps; quand, au souffle glacé du Nord, feuilles et fleurs se flétrissent, et que l’arbuste est li dépouillé, alors je puise dans la riche corne de Vertumne les précieux germes de vie : pour la donner en offrande au Styx, je prends la semence d'or du blé. Triste, je l’enfouis dans la terre, je la dépose sur le cœur de mon enfant, pour quelle devienne le langage de mon amour, de ma douleur.
La danse égale des Heures ramène-t-elle le joyeux printemps, ce qui avait péri renaît sous les regards vivifiants du soleil. Les germes qui, aux yeux, étaient morts dans le sein glacé de la terre, se dégagent gaiement pour entrer dans le riant empire des couleurs. Tandis que la tige s’élance vers le ciel, la racine timidement cherche la nuit; la puissance du Styx et celle de l’Éther se partagent le soin de les nourrir.
Ils touchent d’un côté à l’empire des morts; de l’autre, à celui des vivants. .\h ! ce sont pour moi de chers messagers, de douces voix venues du Cocyte ! Bien qu’il la tienne elle-même enfermée dans son horrible gouffre, par les jeunes rejetons du printemps sa bouche aimable me parle , et me dit que, loin du jour doré, dans le triste séjour des ombres , le sein palpite encore d’amour, les cœurs brûlent encore de tendresse.
Oh! je vous salue avec joie, enfants de la plaine rajeunie! Que votre calice déborde de la plus pure rosée du nectar. Je veux vous baigner dans les rayons ; de la plus belle lumière d’iris je veux peindre vos fleurs, pareilles à l’aspect de l’Aurore. Qm;, dans’ l’éclat serein du printemps , dans la guirlande fanée de l’automne, chaque tendre cœur lise majoie et ma douleur.
POESIES DETACHEES.