‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 10 sur 357 · ACTE I, SCÈNE 11. • y · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE 11. • y

LYDIE

Chut 1 quelqu’un vient ; — vois vite qui c’est.

Lucie sort.

lydie , seule , continuant .

Je crois avoir entendu la voix de ma cousine Julie.

Rentre Ll'CIE.

LUCIE

Mon Dieu, madame, voici miss Melville.

LYDIE

Est-il possible ?

Entre JULIE.

LYDIE

Ma chère Julie, que jp suis charmée ! — ( Elles s’embrassent.) Combien ce bonheur est inattendu !

JULIE

C’est vrai , Lydie ; et le plaisir n’en est que plus grand ; mais qu’y a-t-il donc? On m’avait dit d’abord que tu n’y étais pas.

LYDIE

Ah! Julie, j’ai mille choses à te dire: mais apprends-moi d’abord par quel événement tu te trouves à Bath. — Sir Antouy est-il ici?

JULIE

11 y est ; voici à peine une heure que nous sommes arrivés, et je pense qu’aussitôt qu’il sera habillé, il viendra faire sa visite a mistriss Bévue.

LYDIE

En ce cas, avant qu’on vienne nous interrompre, laisse-moi te confier une partie de mes douleurs. Ta prudence peut me condamner, mais je sais que ton bon cœur saura sympathiser avec moi. Mes lettres t'ont appris tous les détails de ma liaison avec Bévcrley; mais je l’ai perdu, Julie : — Ma tante a tout découvert par une lettre qu’elle a interceptée ; et depuis ce moment, elle me retient prisonnière. Cependant, le croiras-tu, elle est devenue positivement amoureuse d’un grand flandrin de baronnet irlandais, qu elle a rencontré, depuis que nous sommes ici, dans une soirée chez lady Macshuflle.

, JULIE

Tu plaisantes, Julie.

LYDIE

Non, sur ma parole. — Elle correspond avec lui sous un nom

10 * LES Kl V AliX.

suppose1, jusqu'à ce qu'il lui plaise de se faire connaître; je ne me rappelle plus sous quel nom; c'est quelque chose comme Délie, ou Cclic.

JULIE

Alors, elle est sans doute plus indulgente pour sa nièce?

LYDIE

Tout au contraire. Depuis qu’elle a découvert sa propre faiblesse, elle est dix fois plus ombrageuse pour la mineure. Et puis, j'ai un autre malheur a t'apprendre; l'odieux Delâcre arrive aujourd'hui même à Rath, de sorte que je vais être persécutée à en perdre tout courage.

JULIE

Allons, Lydie, allons, espère que tout ira pour le mieux. Sir Antony usera de son influence auprès de mlstriss Bévue.

LYDIE

Mais je ne t’ai pas conté le pire. Malheureusement, au moment où ma tante a tout découvert, je venais de me brouiller avec mon pauvre Béverley, et nous n’avons pu nous raccommoder ; car je ne l ai plus vu depuis.

Qu’avais-tu à lui reprocher?

LYDIE

Rien du tout. Je ne sais comment cela se faisait, mais depuis que nous nous connaissions, nous n'avions jamais eu la moindre mésintelligence. Je craignis qu'il ne me donnât jamais l'occasion de le quereller; si bien que mardi dernier je m'écrivis à moimême une lettre, pour m’informer que Béverley faisait alors sa cour à une autre femme. Je signai «un ami qui vous *est inconnu ; » puis je montrai la lettre à Béverley, lui reprochant sa duplicité, j’entrai dans une violente colère, et jurai de ne plus le revoir.

JULIE

Et tu l’as laissé partir comme cela, et tu ne l'as'pas revu depuis ?

LYDIE

C'est justement le lendemain que ma tante a tout découvert; je voulais le tourmenter pendant trois jours et demi seulement; et voilà maintenant que je l'ai perdu pour toujours.

JULIE

S’il est aussi méritant et aussi sincère que tu me l’as représenté, il ne renoncera pas à toi pour si peu de chose. — Gepen-

Page 1