‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 9 sur 357 · ACTE I, SCÈNK I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNK I

le gentleman' de monsieur Faulkland et moi, nous nous dédommageons un peu dans des réunions particulières. Je te présenterai à lui, Thomas. Tu le trouveras de ton goût, j’en suis sûr. Mais, Thomas, il faut te civiliser un peu; en vérité, c’est indispensable. — I’ar exemple, celte perruque; que diable veux-tu faire avec une perruque, Thomas? Les Cochers de Londres tant soit peu comme il faut ne portent plus perruque maintenant.

LE COCHER

Tant pis, monsieur Labrosse, tant pis. — Mort de ma vie! quand j’ai appris que les avocats et les médecins s'étaient mis à porter leurs cheveux naturels, j'ai prévu ce qui s’ensuivrait. Oui, parbleu, quand j’ai vu la mode pénétrer dans le barreau, j’ai deviné qu’elle ne tarderait pas à monter sur le siège! Mais croyez-moi, monsieur Labrosse, c’est une inconséquence : les avocats et les médecins feront de leurs perruques ce qu’il leur plaira ; quant à moi, je garderai la mienne.

Allons, Thomas, nous ne nous brouillerons pas pour cela. Mais, regarde donc, Thomas, regarde.

LE COCHER

Parbleu! c’est le capitaine! Estr-ce la demoiselle que je vois avec lui ?

LABROSSE

Non, non; c’est mademoiselle Lucie, la suivante de la maîtresse de mon maître : elles sont logées dans cette maison. — Mais il faut que j'aille le rejoindre , pour lui conter ce qu'il y a de nouveau.

LE COCHER

Diable! il lui donne de l’argent! — ainsi, monsieur Labrosse —

LABROSSE

Adieu , Thomas; j’ai rendez-vous ce soir à huit heures à la porte de Gydc; viens m’y rejoindre, et nous ferons une petite partiè.

Us sVluigucnt.

'C'est-à-dire le laquais. En Angleterre, il y a Je l’aristocratie jusque clans la domesticité. *

Ud boudoir dans l'appa-limcnt do mUlrisi Bévue.

LYDIE LANGPEl'II est assise sur un canapé, un livre à la main , — LUCIE revient de faire une commission.

LUCIE

Ma fbi, mademoiselle, j’ai parcouru la moitié de la ville pour le trouver. Je ne crois pas qu'il y ait à Bath un cabinet de lecture que je n’aie pas visité,

LYDIE

Et tu n’as pas pu te procurer «/a Constance récompensée? »

LUCIE

Non, mademoiselle.

LYDIE

Ni « la Liaison dangereuse?»

LUCIE

Non, mademoiselle.

LYDIE

Ni « les Méprises du cœur ? »

LUCIE

Malheureusement, à ce que m’a dit monsieur Bull, miss Sukey Sounter venait a l’instant même de l'emporter.

LYDIE

C'est fâcheux! As-tu demandé a la Situation délicate? »

LUCIE

Ou « les Mémoires de lady Woodford? » Oui, mademoiselle, j’ai demandé partout cet ouvrage; et j'aurais pu le prendre chez monsieur Frédéric; mais lady Slattcrn Lounger, qui venait de le renvoyer, l'avait tellement sali et écorné, qu’il n’y avait plus moyen de le lire.

LYDIE

Vraiment ! Oh ! oui, je reconnais toujours quand lady Slattcrn a lu un livre avant moi : elle a véritablement un pouce annotateur, et je crois qu’elle laisse croître ses ongles pour mieux imprimer ses remarques en marge. Voyons, mon enfant, que m’as-tu apporté ?

LUCIE

Oh ! voyez, madame ! ( El/e tire des livres de ses poches et de dessous son manteau. ) Voici « l' Homme sensible ; » voici « Pickle le pèlerin; » voici aies Larmes de la sensibilité et le Fidèle Homfroi.»

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