‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 107 sur 357 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

FERDINAND

Mais pourquoi parliez-vous de Clara?

ISAAC

Je vais vous le dire: Ce matin, chemin faisant, j’ai rencontré une gentille demoiselle, qui m’a dit s’appeler Clara d’Almanza, et a réclamé ma protection.

FERDINAND

Comment?

ISAAC

Elle m'a dit qu’elle s’était enfuie de chez son père, don Guzman, par amour pour un jeune scisneur de Séville.

ferd.

O ciel ! elle l'a avoué ?

ISAAC

Oh ! oui elle l’a avoué sur-le-champ. Mais, a-t-elle ajouté, mon amant n’est pas informé de ma fuite, et ne se doute môme pas de mon projet.

FERDINAND, à part.

Adorable créature 1 je ne m’en doutais pas effectivement! Oh! je suis le plus fortuné des mortels 1... [Haut.) Eh bienl Isaac! •

ISAAC

Eh bien donc, elle m’a prié de découvrir où il est, et de le lui amener.

O ciel! combien cette rencontre est heureuse! Allons, venez; ne perdons pas de temps.

Il l'entraîne.

ISAAC

Que diantre 1 où voulez-vous que nous allions?

FERDINAND

Comment, est-ce qu’il y a autre chose encore?

ISAAC

Autre chose? oui ; la fin de tout ceci a été que ses instances m’ont touché, et que j'ai accédé à son désir.

FERDINAND

Fort bien; et où est-elle?

ISAAC

Où elle est? Comment, ne vous ai-je pas dit que j’avais accédé à son désir, et que je l’avais remise saine et sauve entre les bras de son amant?

LA DliÈGNE.

FERDINAND

Vive Dieu ! vous vous moquez de moi ! Je ne l'ai pas même vue!...

Vous! oh! non. assurément! Pourquoi diantre l’auriez-vous vue? C'est Antonio qu’elle demandait, et c’est avec Antonio que je l’ai laissée.

FERDINAND, à part.

Enfer et malédiction! [Haut.) Quoi! Antonio d’Ercilla?

ISAAC

Oui, oui, lui-même; et le meilleur de l'affaire, c’est que d’abord il se faisait scrupule de la prendre... II a beaucoup parlé d’honneur, de conscience et de sa répugnance à tromper un ami intime; mais, parbleu, nous avons bientôt triomphé de cesscrupules-là!

FERDINAND

En vérité?

ISAAC

Oh! oui, et promptement. - C’est une trahison! disait-il. — Bah ! a répondu la demoiselle , la tromperie est permise en amour. — Mais c'est mon ami, a-t-il ajouté. — Envoyez votre ami à tous les diables, ai-je répondu. — Si bien que le pauvre sire n’a plus la moindre chance ; il ne lui reste plus qu’à sc pendre.

FERDINAND, à part.

Il faut que je m’éloigne, ou je vais me trahir.

ISAAC

Un mot encore, Ferdinand; vous ne connaissez pas encore le plus plaisant de l’histoire...

FERDINAND

Va-t’en au diable, avec ton histoire.

Eh! mon Dieu! qu’avez-vous? Je croyais vous divertir.

FERDINAND

Sois maudit, sois damné !

ISAAC

Seriez-vous, par hasard, du nombre de ces pauvres diables qu’on nomme amoureux? Je ne me trompe pas, c’est cela même. Cette plaisanterie est meilleure encore que l’autre. ( Il rit.) Ha ! .

ha ' ha !

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