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N'importe, voyons. — {Elle lit.) « Ma chère fille, que ton amant » soit heureux : tu as mon consentement plein et entier pour te » marier, ainsi que l’a voulu ton caprice; mais, sur toute chose, » rentré au logis, et viens souper avec ton affectionné père. »
ANTONIO
Vous plaisantez, Louisa.
louisa, lui donnant la lettre.
Lisez, — lisez.
ANTONIO
Par le ciel, rien n'est plus vrai! il faut qu'il y ait là quelque méprise; mais ce n'est pas notre affaire. — Maintenant, Louisa, vos délais n’ont plus d’excuse.
louisa.
Nous allons retourner chez mon père et le remercier, n’est-cc pas ?
antonio.
Oui, mais il faut auparavant qu’un prêtre le mette dans l'impossibilité de révoquer sa parole. — Je vais sur-le-champ en chercher un.
Si vous vous séparez encore de moi, qui sait si vous me retrouverez?
antonio.
Venez donc. — Il y a dans un couvent voisin un moine qui est mon ami. Vous avez eu sous les yeux le spectacle amusant d'une société de nonnes ; voyons s’il y a moins d’hypocrisie parmi les révérends pères.
louisa.
Je crains que non, Antonio. — En religion comme en amitié, ceux qui promettent le plus sont toujours les moins sincères.
Ils s'éloignent.
i Arrive CLARA.
CLARA
Les voilà qui s’éloignent aussi heureux qu’on peut l’être dans une affection mutuelle et déclarée , pendant que moi, je reste dans la solitude. Hélas ! l’amour peut bien excuser la femme imprudente qui fuit la maison paternelle, mais elle ne peut trouver que dans la présence de l’homme qu’elle aime, la force de supporter sa faute. Que vois-je ? Ferdinand, sur ma vie ! Comment a-t-il pu pénétrer dans cette enceinte? Sans doute que la toute-puissance de l’or lui en a ouvert l’entrée, ainsi qu’a Anto-
158 LA DUÈGNE
nio. Quelle préoccupation , quelle agitation dans toute sa personne 1 II ne faut pas qu’il me reconnaisse encore.
Elle abaisse son roito.
Arme FERDINAND.
itïrdlnand, suivant des yeux Antonio et Louisa.
Oui, ce sont eux, sans aucun doute : — j’étais bien informé.
Il Sü dispose S s'éloigner.
clara, l'arritant.
Quel motif vous amène ici, seigneur?
FERDINAND
Peu importe, — peu importe. — Oh! les voilà qui s'arrêtent. Oui, c’est bien la perfide Clara.
clara, à part.
C’est une jalouse méprise. Je suis bien aise de le voir aussi ému.
FERDINAND
Son déguisement ne saurait la cacher à mes yeux. Non, non, je la reconnais trop bien.
clara, à part.
Le merveilleux discernement! — (Haut.) Mais, seigneur, —
FERDINAND
Laissez-moi, bonne religieuse! ne m’importunez pas. — Par le ciel, elle s’appuie sur son bras avec amour : ô femme ! femme !
CLARA
Mais, seigneur, de qui parlez-vous ?
FERDINAND
Ce n'est pas de vous, assurément; cessez donc de m’importuner. Mais non, restez un moment, je vous prie. Bonne religieuse, n’est-ce pas dona Clara d’Almanza qui vient de vous quitter toutà-l’heure ?
CLARA
Clara d’Almanza, seigneur, me quitte à l’instant même, et n’est pas encore sortie du jardin.
FERDINAND
Oh ! oui ; je savais bien que je ne me trompais pas. Dites-moi, je vous prie, l'homme qui en ce moment est sous le portail avec elle, n'est-ce pas Antonio d’Ercilla?
CLARA
C’est lui-même, seigneur.
FERDINAND
Fort bien; une question encore, et j’ai fini. Pourriez-vous me dire ce qu’ils vont faire?