ACTE III, SCÈNE VI
FRÈRE PAUL
Hélas ! ma mine est trompeuse. Je suis tout bouffi, cela est vrai; car le jeûne est un régime qui ne nous met dans le ventre que du vent, et U m’a gonflé comme une vessie.
ANTON 10
Mais, mon père, vous avez le visage frais et vermeil, un véritable teint de rose.
FRÈRE PAUL
Oui , les humains m'ont tellement fait rougir, que sur mon visage l’incarnat de la honte est resté aussi permanent que leurs vices.
1SAAC.
Le saint homme !
FRÈRE PAUL
Hais à quoi ont servi tous mes efforts? Ils n’en continuent pas moins de pécher à ma barbe, et presque sous mon nez.
1SAAC.
Je l’aurais deviné; car votre nez parait avoir rougi plus qu’au cunc autre partie de votre visage.
FRÈRE PAUL
Allez, vous voulez rire.
ANTONIO
Mais venons au fait, mon père : voulez-vous officier pour nous?
FRÈRE PAUL
On s’expose à consacrer ces sortes d’unions clandestines , et ma conscience s’y refuse par beaucoup de raisons solides.
ANTONIO
J’ai dans ma main beaucoup de raisons solides en leur faveur.
— Isaac, n’avez-vous pas aussi un ou deux argumens à faire valoir dans le même sens?
ISAAC
Oui, sans doute. Voici une bourse à laquelle il n’y a rien à répondre.
FRÈRE PAUL
Fi donc! vous me fâchez ; vous oubliez qui je suis. Quand des importuns en viennent jusqu’à mettre de l'argent malgré moi,
— dans cette poche, — ou bien dans celle-ci, — ma foi, c’est sur eux seuls que le péché retombe. {Il* lui mettent de l'argent dan * tes deux poches.) Fi donc! combien vous m’affligez! Je vous rendrais votre argent, si les statuts de mon ordre ne me défendaient d’y toucher.
ANTONIO
Maintenant donc, venez avec nous.