‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 118 sur 357 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

ANTONIO

Ferdinand, vous prenez la chose trop à cœur; — il est bien vrai que vous me trouvez sur le point d’épouser celle que j’aime plus que ma vie; mais ce n’est pas par mes conseils qu’elle a fui la maison paternelle. Je déteste autant que vous l’artifice et la fraude. Je vous jure que jusqu’au moment où je l’ai vue, j’ignorais qu’elle eût déserté la maison de son père.

FERDINAND

Quelle excuse pleine de bassesse! Vous avez donc outragé votre ami pour une femme dont l’impudeurefTYontée n’avait pas attendu votre trahison ; c’est ce que déjà m’avait appris le juif qui vous a servi d'entremetteur ; mais que votre conduite soit conséquente, et puisque vous n’avez pas craint de m'infliger un affront, suivez-moi, et montrez que vous avez le courage de le soutenir.

Antonio, je vois quelle est sa méprise. Laissez-moi arranger avec lui cette affaire.

FRÈRE PAUL

Ami, vous avez tort de venir ainsi brusquement vous opposer à l’union de deux cœurs qui s'agréent.

FERDINAND

Non, moine fâcheux. I.a main qu'il recherche m’appartient.

FRÈRE PAUL

S'il en est ainsi, je n'irai pas plus loin. — ( A Louisa.) Madame, avez-vous promis votre main à ce jeune homme ?

Louisa Tait un signe tic télé oégaüf.

FERDINAND. j

Clara, je vous sais gré de votre silence. Je vous verrais avec peine confesser de vive voix une telle perfidie; rappelez-vous que je ne vous ai point fait de reproches, et que ce soit là votre punition.

Arrive CLARA.

CLARA

Quelle plaisanterie est cela ?

FERDINAND

Antonio, vous ôtes inattaquable maintenant; mais nous nous reverrons.

Il fait quelque, pas pour s'éloigner ; Clara le retient par un bras et Louisa par l'autre.

DUO

Tourne-toi, je te prie ;

Apaise tes transports.

LA DUÈGNE

CLARA

Unissons nos efforts Pour calmer sa furie.

F.h quoi ! n’as-tu pu découvrir La beauté que ton cœur adore?

CLARA

Si vous m’aimez encore.

Ah ! pourquoi donc me fuir?

Toute» deuz relèvent leur voile.

FERDINAND

Que vois-je? ma soeur! Clara aussi! je demeure stupéfait.

C’est comme tu le dis, mon frère.

FRÈRE PAUL

Quelle impiété! Quoi! cet homme voulait épouser sa propre soeur 1

loui^a, à Ferdinand.

N’as-tu pas de honte de n’avoir pas reconnu ta sœur?

CLARA

D’avoir repoussé votre fiancée ?

Ne vois-tu pas comme la jalousie rend aveugle?

CLARA

Vous arrivera-t-il encore d’être jaloux?

FERDINAND

Jamais, jamais! — Ma sœur, je sais que tu me pardonneras; — mais, ô Clara! oserki-je jamais...

CLARA

Non, non ; tout-à-l’heure encore vous me disiez de ne pas vous importuner.— «Qui demandez-vous, seigneur?» — «Ce n’est pas vous, ce n’est pas vous. » — O mortel aveugle et insensé 1 Mais jurez-moi de ne plus être jaloux, et je vous pardonne.

FERDINAND

Par tout...

CLARA

Restez-en là, vous n’en tiendrez votre serment ni mieux, ni plus mal.

Elle lui tlonnc sa main.

louisa, à Ferdinand , en lui montrant Antonio.

Mais, mon frère, voici quelqu'un à qui tu dois des excuses.

Antonio, je ne puis me rappeler sans rougir...

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