SCÈNE II
lin appariement chez Crédule.
Entrent LAURETTE et BRIGITTE.
LAÜRETTE.
Je vous le répète, maman, les officiers sont les hommes du monde les plus aimables, et le lieutenant O'Connor est le plus charmant officier que j’aie jamais vu.
BRIGITTE
Fi donc, Laurette! comment peux-tu parler ainsi? S’il te faut absolument un militaire pour mari, il y a le lieutenant Lacharruc, le capitaine Lahaie et le major Haquet le brasseur, qui sont tous tes admirateurs ; et quoique ce soient de bonnes gens paisibles, ils ont des cocardes aussi larges, et portent l’uniforme aussi bien que les militaires en service actif.
laurette.
Bah! vous savez bien, maman, que je déteste les officiers de la milice; véritables coqs éperonnés se rengorgeant sur un fumier, héros enlevés à la porte d’une église, — bouffons masqués en guerriers, en portant l'habit sans en soutenir le caractère. Non, vive le jeune homme franc et intrépide qui fait l’amour aujourd’hui et se fait casser la tête demaiu ! Mon Dieu '. penser que ces chers enfans dorment sur la terre nue et combattent en bas de soie et en manchettes de dentelles 1
BRIGITTE
O barbarie! vouloir un mari qui aujourd’hui vous épouse, et qui le soir même est envoyé on ne sait où ; et puis au bout de l’année peut-être le voir revenir comme le colosse de Rhodes, ayant une jambe à New-York et l’autre à 1 hôpital de Chelsea.
laurette.
Eh bien, maman, je lui servirai de béquille.
BRIGITTE
Non, prends-moi un mari pourvu de tous ses membres, fûtil dans l'impossibilité de s’eu servir. Songe donc quelle serait ta situation si ton mari t’emmenait avec lui : dormir dans un fourgon, rôder dans le camp comme une bohémienne avec un havresac et deux enfans sur ton dos ; puis le soir, pour toute récréation, prendre le thé avec la femme du sergent et jouer aux cartes