‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 130 sur 357 · ACTE I , SCÈNE II. 1S · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE II. 1S

sur la peau d'un tambour; voilà certes une existence fort récréative.

LAURETTE

Mais, maman, vous ne devriez pas prendre parti contre mon lieutenant; car je lui ai entendu dire que vous étiez la meilleure et la plus jolie femme du monde.

BRIGITTE

Mon enfant, je n’ai jamais dit que le lieutenant O'Connor ne fût pas le jeune homme le mieui élevé et doué du plus judicieux discernement ; c’est ton père qui lui est violemment opposé.

LAURETTE

Comment? mais ma cousine Sophie a épousé un officier.

BRIGITTE

Oui, Laurette, un officier dans la milice.

LAURETTE

Non, maman, dans un régiment de ligne.

BRIGITTE

Non, ma fille; c’était un major de la milice.

LAURETTE

Maman, vous vous trompez.

Entre LE JUGE DE PAIX.

LE JUGE

Brigitte, ma mie, je viens de recevoir un message.

LAURETTE

C’est ma cousine Sophie qui me l’a dit.

LP. JUGE

Je viens de recevoir un message, ma mie.

BRIGITTE

Non, ma fille, elle n’a pas pu te dire cela.

LAURETTE

Comment aurait-il été dans la milice, puisqu’il a reçu l’ordre de partir pour les colonies ?

BRIGITTE

Tais-toi, ma fille I — Vous disiez donc, mon cher? —

J’ai reçu un message du docteur Vermeil.

BRIGITTE

Lui, partir pour les colonies ! il est allé voyager à l’étranger pour sa santé!

Mais, Brigitte, —

LE JUCE.

184 f.A SAINT-PATRICK.

BRIGITTE

Fort bien, mon cher. — Retenez votre langue, mademoiselle.

LE JUGE

Un message du docteur Vermeil, et le docteur Vermeil me fait dire —

LAURETTE

Je suis sûre, maman, que son uniforme —

LE JUGE

Au diable son uniforme! Voulez-vous m’écouter?

BRIGITTE

Comment, ma fille, oses-tu interrompre ton père?

LAURETTE

Papa, j’écoute.

Le docteur Vermeil m’annonce qu’il va nous amener —

LAURETTE

Était bleu, avec paremens rouges, maman.

LE JUGE

Laurette!— Il annonce qu’il va nous amener le jeune homme -

f. . BRIGITTE.

Rouges ! jaunes, s’il vous plaît , mademoiselle.

LE JUGE

Brigitte! — Le jeune homme que nous devons prendre à notre service.

BRIGITTE

D'ailleurs, mademoiselle, il est fort mal à vous de vouloir avoir le dernier mot avec votre mère ; vous devriez savoir —

LE JUGE

Mort de ma vie ! Voulez- vous m’entendre, oui ou non ?

BRIGITTE

Je vous écoute, mon ami. — Je vous écoute 1 — Mais que sert mon silence ? qu’importe que je me taise, si cette enfant nous interrompt toujours et veut absolument parler toute seule? Oui, mon ami, je ne m’étonne pas que vous soyez en colère; je vois au tremblement de vos lèvres que vous êtes impatient de parler; mais je gage qu’elle va continuer de ce train-là, sans vous permettre de placer une seule parole. — Vous avez raison de vous f&cher ; il n’y a rien de si impatientant que ces langues qui ne cessent de bavarder, caqueter, —

LAURETTE

Mais il me semble, maman, que c’est vous qui maintenant empêchez papa de parler.

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