ACTE II, SCÈNE IV
ignorant comme mon clerc, et parlait d’honnéteté comme aurait pu faire un marguillicr.
BRIGITTE
Allons donc! sottise que votre honnêteté ; qu'aviez-vous à faire d’honnêteté? Vous avez fait un beau chef-d’œuvre avec votre Homfroy Hem, et je ne doute pas que mademoiselle n’ait été du complot. Laurette, oui, c'est le nom que vous avez voulu absolument lui donner. Pour ce qui est de moi, je n’aime pas ces noms païens donnés aux jeunes filles; je n’ai jamais vu qu’il en résultât rien de bon; si vous l’aviez appelée Déborah, ou Tabitha, ou Ruth, ou Rébecca, ou Jeanne, rien de tout ceci ne serait arrivé; j’ai toujours considéré Laurette comme un nom de fille enlevée.
Bah ! tu ne sais pas ce que tu dis.
BRIGITTE
Non, monsieur Crédule, c’est vous qui ne savez ce que vous faites; nul autre qu’un sot ne se serait laissé duper ainsi.
LE JUGE
Morbleu ! madame, comment osez-vous me parler ainsi? Si vous n’avez point de respect pour votre époux, ayez du moins quelque déférence pour mon rang.
BRIGITTE
Que m’importe votre rang ! Vous devriez rougir de présenter votre face au tribunal; vous serez la risée de tous vos confrères, et montré au doigt par tout le barreau de la ville.
LE JUGE
Est-ce là le langage qu’on doit tenir au représentant de sa majesté? Par les statuts, c’est un crime de haute et basse trahison tout à la fois.
Entre UN DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE
Une lettre pour votre honneur!
LE JUGE
Qui l’a remise ?
LE DOMESTIQUE
Un soldat.
LE JUGE
Remportez-la, et qu’on la brûle.
BRIGITTE
Un moment, — vous vous pressez trop ; — ce doit être une
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lettre d’excuses du lieutenant. Voyons [elle prend la Mire et
l'ouvre); justement, elle est signée O’Connor.
Le domestique sort.
LE JUGE
Voyons, lis-la.
BRIGITTE, lisant.
« La rengeance est douce —
LE JUGE
Ah! c’e9t ainsi qu’il commence, j'en suis bien aise; je lui ferai voir que c'est aussi mon opinion.
Brigitte, continuant.
« Et bien que déçu dans mes projets sur votre fille, j’ai du » moins la satisfaction de savoir que je me suis vengé sur sou » père dénaturé; car ce matin j’ai eu le plaisir de vous administrer dans votre chocolat une dose de poison.»— Merci de moi!-
LE JUGE
Pas de plaisanterie, Brigitte ; allons, la lettre ne contient pas cela ; ce n’est pas possible.
Brigitte, lui donnant la lettre.
Lisez vous-même.
le juge, lisant.
« Le plaisir de vous administrer dans votre chocolat une dose de poison.»— Quelle horreur! Le gueux! le scélérat! Brigitte!
BRIGITTE
Un moment, mon ami, il y a un post-scriptum.— u N.B. Tous » les secours de la médecine sont impuissans à vous sauver. »
le juge.
Mort de ma vie, Brigitte! que n’appclles-tu du secours? J’ai perdu l’usage de la voix, la tête me tourne, elle va éclater, et nulle assistance. — (Appelant.) John! Laurette! John!
- BRIGITTE
Vous voyez, mon ami, ce que vous vous êtes attiré.
Entre UN DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE
Monsieur !
LE JUGE
Approche, John ; n'as-tu rien aperçu dans mon chocolat ce nalin?
LE DOMESTIQUE
Rien, monsieur, si ce n’est un peu de dépdt.
LE JUGE
De quelle couleur ?