‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 143 sur 357 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

LE DOMESTIQUE

Noir, monsieur.

LE JUGE

C’est cela, de l’arsenic, de l’arsenic noir. Pourquoi ne courstu pas à toutes jambes chercher le docteur Vermeil, coquin?

LE DOMESTIQUE

Tout de suite, monsieur?

« BRIGITTE

O mon ami! croyez-moi, ce serait inutile; qu’il aille plutôt chercher le notaire pour certifier votre testament, mon mignon.

LE JUGE

Corbleu! va chercher le docteur, maraud; vous êtes tous des assassins ligués contre moi.

LE DOMESTIQUB.

Le voici qui vient, monsieur.

Il tort.

LE JUGE

Maintenant, Brigitte, garde le silence ; je veux voir s’il reconnaîtra mon horrible situation.

Entre LE DOCTEUR.

LE DOCTEUR

Je viens vous informer — Oh ! oh 1 Dieu me bénisse, qu’avezvous donc aujourd’hui?

LE JUGE. 0

Allons, voilà déjà qu’il s’en aperçoit. — Le poison est écrit en grosses lettres sur mon visage ; c’en est fait, le fossoyeur est sur mes talons.

BRIGITTE

Hélas! hélas! docteur.

LE JUGE

Paix, Brigitte.— Eh bien ! docteur, mon vieil ami, est-ce que, tout de bon, vous me voyez changé ?

LE DOCTEUR

Changé ! je n'ai jamais vu dans un homme pareille altéra tion ; d’où viennent ces taches noires que vous avez sur le nez ?

LE JUGE

Des taches sur mon nez !

LE DOCTEUR

Et cet air hagard dans votre œil droit !

LE JUGE

Dans mon œil droit

LA SALNT-PATllICK.

LE DOCTEUR

Oui • hélas ! hélas ! comme vous êtes gonflé!

LE JUGE

Gonflé!

LE DOCTEUR

Oui ; n’êtcs-vous pas de mon avis, madame ?

BRIGITTE

Oh! il n’y a pas moyen de se le dissimuler; effectivement, mon ami, vous êtes une fois plus gros que ce matin.

LE JUGE

Oui, je le sens maintenant, — je suis empoisonné. — Pour l’amour de la justice, docteur, secourez-moi ; — faites que je vive pour voir pendre mon meurtrier.

LE DOCTEUR

Que dites-vous?

LE JUGE

Je suis empoisonné, vous dis-je.

• LE DOCTEUR

Parlez !

LE JUGE

Eh quoi! ne m’entendez-vous pas?

Votre voix est si basse et si creuse, qu’en vérité je n’entends pas un mot de ce que vous dites.

LE JUGE

Alors, je suis mort. — Ci-glt un homme qui fut longues années l’un des juges de paix de sa majesté.

BRIGITTE

Lisez, docteur. {Elle lui donne la lettre .) — Ah! mon ami, le testament; considère, mon amour — que tu n’as plus guère de temps à vivre. „

LE JUGE

Non, Brigitte, je mourrai à petit feu.

LE DOCTEUR

Je n’ai jamais entendu parler d’une si monstrueuse iniquité. — En effet, mon ami, votre mort est certaine ; le bail de votre vie, ce chétif morceau d’argile, est expiré, et vous n’appartenez plus qu’au fossoyeur. Il nous faut tous mourir, — un peu plus tôt, un peu plus tard, — petits et grands, — la mort est une dette qu’il nous faut tou* acquitter* — elle n’admet ni '■‘'‘Xion ni délai.

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