ACTE II, SCÈNE IV
LE DOMESTIQUE
Noir, monsieur.
LE JUGE
C’est cela, de l’arsenic, de l’arsenic noir. Pourquoi ne courstu pas à toutes jambes chercher le docteur Vermeil, coquin?
LE DOMESTIQUE
Tout de suite, monsieur?
« BRIGITTE
O mon ami! croyez-moi, ce serait inutile; qu’il aille plutôt chercher le notaire pour certifier votre testament, mon mignon.
LE JUGE
Corbleu! va chercher le docteur, maraud; vous êtes tous des assassins ligués contre moi.
LE DOMESTIQUB.
Le voici qui vient, monsieur.
Il tort.
LE JUGE
Maintenant, Brigitte, garde le silence ; je veux voir s’il reconnaîtra mon horrible situation.
Entre LE DOCTEUR.
LE DOCTEUR
Je viens vous informer — Oh ! oh 1 Dieu me bénisse, qu’avezvous donc aujourd’hui?
LE JUGE. 0
Allons, voilà déjà qu’il s’en aperçoit. — Le poison est écrit en grosses lettres sur mon visage ; c’en est fait, le fossoyeur est sur mes talons.
BRIGITTE
Hélas! hélas! docteur.
LE JUGE
Paix, Brigitte.— Eh bien ! docteur, mon vieil ami, est-ce que, tout de bon, vous me voyez changé ?
LE DOCTEUR
Changé ! je n'ai jamais vu dans un homme pareille altéra tion ; d’où viennent ces taches noires que vous avez sur le nez ?
LE JUGE
Des taches sur mon nez !
LE DOCTEUR
Et cet air hagard dans votre œil droit !
LE JUGE
Dans mon œil droit
LA SALNT-PATllICK.
LE DOCTEUR
Oui • hélas ! hélas ! comme vous êtes gonflé!
LE JUGE
Gonflé!
LE DOCTEUR
Oui ; n’êtcs-vous pas de mon avis, madame ?
BRIGITTE
Oh! il n’y a pas moyen de se le dissimuler; effectivement, mon ami, vous êtes une fois plus gros que ce matin.
LE JUGE
Oui, je le sens maintenant, — je suis empoisonné. — Pour l’amour de la justice, docteur, secourez-moi ; — faites que je vive pour voir pendre mon meurtrier.
LE DOCTEUR
Que dites-vous?
LE JUGE
Je suis empoisonné, vous dis-je.
• LE DOCTEUR
Parlez !
LE JUGE
Eh quoi! ne m’entendez-vous pas?
Votre voix est si basse et si creuse, qu’en vérité je n’entends pas un mot de ce que vous dites.
LE JUGE
Alors, je suis mort. — Ci-glt un homme qui fut longues années l’un des juges de paix de sa majesté.
BRIGITTE
Lisez, docteur. {Elle lui donne la lettre .) — Ah! mon ami, le testament; considère, mon amour — que tu n’as plus guère de temps à vivre. „
LE JUGE
Non, Brigitte, je mourrai à petit feu.
LE DOCTEUR
Je n’ai jamais entendu parler d’une si monstrueuse iniquité. — En effet, mon ami, votre mort est certaine ; le bail de votre vie, ce chétif morceau d’argile, est expiré, et vous n’appartenez plus qu’au fossoyeur. Il nous faut tous mourir, — un peu plus tôt, un peu plus tard, — petits et grands, — la mort est une dette qu’il nous faut tou* acquitter* — elle n’admet ni '■‘'‘Xion ni délai.