‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 145 sur 357 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

LE LIEUTENANT

Curum benakere bono fullum.

LE JUGE

Ne dit-il pas que je dois ramer dans un bateau d’ici à Fulham?

LE DOCTEUn.

II dit qu’il répond de vous guérir pour trois mille livres sterling.

BRIGITTE

Trois mille livres sterling! trois mille cordes pour le pendre! — Non, mon amour, vous ne vous soumettrez pas à une telle tyrannie... Mourez une fois pour toutes, et ne soyez pas victime de leur avidité.

Je ne veux pas mourir, Brigitte. — Je n’aime pas la mort.

BRIGITTE

Bah! ce n’est presque rien : un moment à passer, et voilà tout.

LE JUGE

Oui ; mais ce moment est suivi d’un engourdissement qui dure diablement long-temps.

BRIGITTE

O mon ami! je vous en prie, songez au testament!

% Entre LAURETTE.

LAURETTE

O mon père! qu’est-ce que j’apprends?

LE LIEUTENANT

Quiddam seomriam deos tollain rosam.

LE DOCTEUR

Le docteur exprime sa surprise à la vue de votre charmante fille.

LE JUGE

Comment cela?

LE LIEUTENANT

Damsellum livivum surum rislibani.

LE DOCTEUR

Il dit qu’elle a conquis son cœur, et que si vous voulez lui permettre de faire sa cour à la jeune personne , et si vous promettez de consentir à leur union dans le cas où il obtiendrait ses affections; à ces conditions, il s’engage à vous guérir sur-Icchamp saus récompense ni salaire.

LA SAINT-PATRICK

LE JUGE

Diantre! il a dit tant de choses en si peu de paroles? Quelle admirable langue que la sienne! Allons, j’y donne mon consentement, pourvu qu’il obtienne celui de la demoiselle; (à part) et c’est à quoi il n’arrivera jamais.

LE DOCTEUR

Gréai. “

LE LIEUTEN ANT.

Scriptum ambo.

LE DOCTEUR

Il dit qu'il faut que vous donniez ce consentement par écrit pendant qu’il rédige pour vous une ordonnance miraculeuse.

Tous deux s'asseyent et écrivent.

LÀURETTE.

Veuillez me dire, maman, ce que tout cela signifie.

BRIGITTE

Ne me parle pas, ma fille. — Père dénaturé !

Tenez, docteur, voilà ce que vous demandez.

LE DOCTEUR

Et voici votre ordonnance : liscz-la vous-même.

LE JUGE

Que vois-je? elle est rédigée en langue vulgaire !

LE DOCTEUR

Lisez-la tout haut: c’est uue merveilleuse recette, je vous en réponds.

le juge, lisant.

« En lisant ceci , vous êtes guéri par votre affectionné gendre O’Cônnor. » — Au nom de Belzébuth, qui êtes-vous?

LE LIEUTENANT

Votre affectionné gendre O’Connor et votre très-humble serviteur Homfroy Hem.

LE JUGE

C’est faux, misérable, tu ne seras pas mon gendre; je m’empoisonnerai de nouveau, et tu seras pendu. — Oui, je veux mourir et laisser ma fortune à Brigitte.

BRIGITTE

Je vous en prie, mon ami, laissez-moi votre fortune : il mérite assurément d’être pendu.

LE JUGE

Tu crois? — Ecoute, Brigitte : tu m’as témoigné un si tendre intérêt, quand lu m’as cru empoisonné, qu’à l’avenir je suis dé-

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