‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 149 sur 357 · PROLOGUE. 20J · texte numérisé non relu

PROLOGUE. 20J

selle. Au moment où leurs lèvres s’approchaient, — crac, survenait un cahot : — l’infortunée Sylvie en était quitte pour une bosse au front, Damon pour un œil poché.

Mais aujourd’hui les constitutions les plus nerveuses peuvent aller en fiacre, et le gastronome bien repu peut en ronflant, et sans craindre les cahots, regagner son domicile. Le dandy, ce modèle d’élégance, n’est plus ce qu’il était autrefois; il est métamorphosé de la tête aux pieds; alors une ample perruque de filasse, retombant sur les épaules, laissait à peine entrevoir la tête frivole et légère! Maintenant, c’est tout le contraire; toutes les têtes sont à découvert, tondues, exposant les oreilles aux injures de l'air. Les boucles, autrefois plus modestes, connaissaient des limites; aujourd’hui, pareilles à l’océan, terribles, elles débordent, et sous elles le soulier disparaît. Le pied du titulaire est, pour ainsi dire, perdu sous l’ampleur qui l’encombre, comme son beau domaine d'autrefois sous la masse des hypothèques. Les dames peuvent sourire; — elles-mêmes ne sont-elles pas du complot? La nature a-t-elle voulu qu’elles ne fussent qu’un composé de liège et de plun. s, de véritables volans? Leurs pales grand’mères avaient de la grâce, quand une modeste rougeur leur montait au visage; mais nos femmes ont de leur joue exilé la rougeur; l’ennemi en a pris possession! Jamais, autrefois, on ne voyait les plumes qui surchargeaient sa tête empêcher une belle de passer même sous la porte la plus basse; aujourd’hui, il leur faudrait se baisser pour entrer dans une église, si jamais il leur prenait envie d’en faire l’épreuve *.

Puisque dans ce pays le changement est à l’ordre du jour, certaines pièces pourraient à bon droit subir quelques altérations; on pourrait du moins jeter un léger voile sur la nudité de leur esprit sans grâce. Ils font un bon et sage emploi de leur plume, les écrivains qui transforment nos courtisanes en madeleines ; et malgré l’hostilité des esprits ervers, nous espérons voir, grâce à vous, le théâtre leur donner un asile.

’ A ccttc époque , le» coifTnrc» étaient parvenues à un tel degré de hauteur par l'échafaudage dos gazes, dos fleurs cl de» plumes, que les femmes ne trouvaient plus de voilure* assez élevées pour s’y placer, el qu’on le* voyait souvent pencher la lèlo ou la placer à la portière. D’autres prenaient le parti de s’agenouiller pour ménager le ridicule édifice dont elles étaient surchargées. Si l’usage de ces coiffures extravagantes se lût prolongé, disent très-sérieusement les mémoires du temps, il aurait opéré une révolution dans l'architecture : on eût senti la nécessité de hausser les portes el les plafonds, ainsi que limpériale des voilures. (Voyez les Mémoires de madame Campan .)

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