‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 16 sur 357 · ACTE 11, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE

' LE CAPITAINE

J’espère que tu ne leur as rien dit?

LABROSSE

Pas un mot, monsieur, pas un mot. Il est vrai que le cocher, monsieur Thomas, que je regarde comme le plus discret des cochers, —

LE CAPITAINE

Par la sangbleu, bélître, tu ne te seras pas ouvert à lui?

LABROSSE

Ohl non, monsieur, — non, — non, — je ne lui ai pas dit une syllabe, sur ma parole ; — il est bien vrai qu’il s’est montré un peu curieux, mais j'ai été fin, monsieur, diablement fin ! « Honnête Thomas, » -ai-je $lit,— vous savez qu'on qualifie les gens d'honnêtes en parlant à ses inférieurs, — « mon maître est venu à Bath pour recruter,» — que ce soient des soldats, de l’argent, ou de la santé, — vous savez, monsieur, que c’est un point qui ne regarde ni lui ni personne.

LE CAPITAINE

Va pour le recrutement, — soit.

LABROSSE

Oh! monsieur, le recrutement fera on ne peut mieux; — pour donner à la chose un air de vraisemblance, j’ai dit à Thomas que vous aviez déjà enrégimenté cinq porteurs sans emploi, sept garçons des clubs de l'opposition 1, et treize garçons de billard.

Imbécile, n’en dis jamais plus qu’il n’est nécessaire.

LABROSSE

Pardonnez-moi, monsieur, pardonnez-moi. Mais, avec le respect que je vous dois, un mensonge n’est rien, s'il n’est habilement soutenu. Toutes les fois que je fais appel à mon imaginative pour un mensonge bien coulant, j'ai toujours soin de forger l’endossement en même temps que le billet.

LE CAPITAINE

Oui, mais prends garde de nuire à ton crédit, en multipliant trop les garanties. Monsieur Faulkland est-il de retour?

LABROSSE

Monsieur, il est là-haut qui change d'habit.

' On mil ijii'tjQ Angleterre les {artis |>u1itiqm's ont leurs rlulx attitrés.

LE CAPITAINE

Peux-tu me dire s'il est instruit de l'arrivée de sir Anlony et de miss Melville?

Je crois que non, monsieur. Depuis son arrivée il n’a encore vu personne, si ce n’est le domestique qui était avec lui à Bristol. Je crois, monsieur, que j’entends monsieur Faulkland descendre. —

LE CAPITAINE

Va lui dire que je suis ici.

LABROSSE

Oui, monsieur. (Il va pour sortir, puis revient sur ses pas.) Vous me pardonnerez, monsieur, mais dans le cas oùsirAntony viendrait vous voir, vous m’obligeriez de vous rappeler que nous sommes ici occupés à recruter. Et si, par égard pour ma réputation, vous vouliez bien dire un mot des porteurs et des garçons de billard , je vous aurais la plus grande obligation, — car, voyez-vous, bien que je ne me fasse jamais scrupule de mentir pour servir mon maître, cependant on ne saurait se voir surpris en flagrant délit de mensonge, sans que la conscience en soit affectée.

Il tort.

LE CAPITAINE, Seul.

Maintenant, préparons-nous à recevoir mon bizarre ami: — s’il ne sait pas encore que sa mattresse est ici, je veux le tracasser un peu avant de le lui dire. —

Entre LABROSSE.

LABROSSE

Monsieur Faulkland.

Il suri.

LABROSSE rentre, introduit M. FAULKLAND, et sort.

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