ACTE II, SCÈNE I. ' 2t
LE CAPITAINE
A peu près au point où j'en étais.
FAULKLAND.
Tu laisses trop long-temps traîner les choses; — si tu es sûr d’elle, propose-toi à la tante, de ton chef, et écris à sir Autony pour obtenir son consentement.
LE CAPITAINE
Doucement, doucement; je suis convaincu que ma Lydie consentirait à se faire enlever par l’enseigne Béverley ; mais je ne suis pas certain qu’elle voulût de moi à la condition du consentement do nos familles respectives, de la cérémonie monotone d’un mariage régulier, et avec l’inconvénient, de ma part, d’une grande fortune en perspective! J’espère, Faulkland, qu’aujourd’hui tu dîneras ayeenous à l’hôtel?
FAULKLAND.
Cela ne sera pas possible ; je ne suis pas assez gai pour être de la partie. %
Par le ciel ! il me faudra absolument répudier ta compagnie. Tu es l’amant le plus ennuyeux, le plus fantasque, le plus incorrigible ! — Aime comme doit aimer un homme.
FAULKLAND.
Ah 1 Jack, tu n’as pas comme moi le cœur et l’âme absorbés par un objet unique. Tu joues gros jeu ; mais si tu venais à perdre, tu pourrais tenter de nouveau la fortune; moi, j’ai mis toute ma somme de bonheur sur cette carte, et si je ne gagne pas, j’aurai tout perdu.
LE CAPITAINE
Mais, au nom du ciel, quels motifs d’appréhension peut en ce moment concevoir ton bizarre cerveau?
FAULKLAND.
Quels motifs d’appréhension , dis-tu ? Mon Dieu! n’y en a-t-il pas mille ? Je crains qu’elle ne soit triste; je tremble pour sa santé, pour sa vie. — O Jack! quand deux âmes délicates et sensibles sont séparées, le moindre signe dans le ciel, la moindre perturbation dans les élémens, le moindre souffle de la brise, sont pour le cœur d’un amant la source de pressentimens sinistres.
LE CAPITAINE
Oui; mais il dépend de nous d’admettre ou de rejeter ces pressentimens-Ià. Si bien donc, Faulkland, que si tu étais sûr que Julie est en bonne santé et de bonne humeur, ta satisfaction serait complète ?
Je serais heureux au-delà de toute expression. - Mon anxiété n’a pas d’autre motif.
l.E CAPITAINE.
Mets donc un terme à ton anxiété. — Miss Melville jouit d’une santé parfaite, et est en ce moment à Dath.
FAULKLAND.
De grâce, Jack, — ne te joue pas de moi
LE CAPITAINE
Il y a une heure à peine qu'elle est arrivée ici avec mon père.
FAULKLAND.
Parles-tu sérieusement?
LE CAPITAINE
Je croyais sir Antony assez connu de toi pour qu’une boutade de ce genre ne t’étonnât point de sa part. Sérieusement donc, la chose est telle que je te la dis.
FAULKLAND.
Mon cher Jack , — à présent , il n’est rien sur la terre qui puisse me causer un moment de souci.
Enlre LA BROSSE.
LABROSSE
Monsieur Delâcre, arrivé à l'instant, est en bas. .
LE CAPITAINE
Reste, Faulkland ; ce Delâcre demeure à un mille de sir Antony; et il pourra te donner des nouvelles de ta maîtresse. — Labrosse, fais monter ce monsieur.
Lübrosse sort.
FAULKLAND.
Est-ce qu’il est lié avec la famille ?
LE CAPITAINE
Oh! très-intimement. Il est aussi mon rival, c’est-n-dirc de mon autre moi; car il ne soupçonne même pas que son ami le capitaine Absolu ait jamais vu la demoiselle en question ; et il n y a rien de plaisant comme de l’entendre se plaindre d’un certain Bévcrley, son rival, un fat, un poltron, qui —
Chut ! — le voici.
FAULKLAND.
Entre DELACRE.
DELACRE.
Ah ! mon cher ami, noble capitaine, honnête Jack , comment