‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 168 sur 357 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

FAT-1NGTOX.

Madame, cela est pardonnable en province ou à l'église ; c’est une monstrueuse inattention en bonne compagnie. Mais je crains d’ennuyer ici mon monde.

LOVELESS.

Pas du tout ; continuez.

FAT-IXGTOX.

Pour conclure, mesdames, j’ajouterai qu'en général je te; mine la soirée à l'un ou l’autre de nos clubs : ce n’est pas que je joue gros jeu ; depuis quelque temps, je me suis imposé la loi de ne pas perdre dans une séance au-delà de cinq mille livres sterling.

LOVELESS.

Mais votre seigneurie n’cst-elle pas obligée parfois de s’occuper des graves affaires de l’état?

FAT-IN GTOX.

Ma foi, mon cher, je laisse les graves affaires aux têtes graves, et je n’entends pas du tout que la mienne pèse trop lourdement sur mes épaules.

BÉRINTIIIA.

Cependant, mylord, vous êtes une des colonnes de l’état. FAT-1NGTOX.

Je jie suis qu’une colonne de luxe, madame; car, croyez-moi, loin de consentir à subir ma part de fatigue, je laisserais plutôt crouler tout l’édifice.

AMANDA

Mais, mylord, les intrigues d’amour occupent une grande place dans l'existence d’un seigneur élégant; vous ne nous en avez pas encore dit un mot.

fat-ington, à part.

Oh 1 oh! elle voudrait pénétrer dans le secret de mes galanteries : — la pauvre femme est jalouse ; je vois qu’elle raffole de moi. — (Haut.) Mon Dieu, madame, j’allais oublier un secret qu’il faut absolument que je vous confie. — Mon cher, ne soyez pas assez jaloux pour m’écouter.

• LOVELESS.

Non, mylord, je suis un mari trop bien appris pour vouloir m’ingérer dans les secrets de ma femme.

fat-ington, bas à Amanda, et en lui serrant la main.

Je veux mourir si je ne vous aime à la folie !

amanda, lui donnant un soufflet.

Voilà comme je paye votre passion de retour, impudent drôle.

FAT-INGTON.

Malédiction ! madame, je suis pair du royaume!

LOVELESS.

Oh ! oh! que diable! vous insultez ma femme... nous allons voir.

Ils mettent l'épée à la main , croisent le fer, et Fat-ington tombe blessé. AMANDA.

Quelle sottise j‘ai faite!... Au secours! au meurtre! au secours 1 au nom du ciel, qu’on les sépare!

FAT-INGTON.

Il m’a, parbleu, passé son épée au travers du corps.

Entrent plusieurs DOMESTIQUES.

loveless, courant vers lord Fat-ington.

J’espère n’avoir pas tué cet imbécile. Qu’on le relève! — Appelez un chirurgien.

t FAT-INGTON.

Oui, dépêchez-vous !

LOVELESS.

Vous ne devez imputer le mal qu’à vous seul.

FAT-INGTON.

Je le sais ; c’est une sotte chose que l’amour, mon cher. Entrent LASONDE et UN DOMESTIQUE.

Voilà monsieur Lasonde, qui passait justement devant la maison. '

FAT-INGTON.

11 ne pouvait venir plus à propos.

LASONDE

Rangez-vous! rangez-vous! rangez-vous! veuillez vous ranger, messieurs! Mon Dieu, est-ce pour la première fois que vous voyez un homme percé de part en part d'un coup d’épée î Rangez-vous, je vous prie !

FAT-INGTON.

Ah ! monsieur Lasonde, je suis un homme mort.

LASONDE

Un homme mort, moi présent! je voudrais bien voir pareille chose, en vérité!

LOVELESS.

Ne perdez pas le temps à babiller, je vous prie, mais examinez sa blessure.

Page 1