‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 169 sur 357 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

LASONDE

Et si je ne veux pas, moi, examiner sa blessure d'ici à une heure?

LOVELESS.

En ce cas, il mourra en perdant tout son sang.

LASONDE

Eh bien 1 alors, je le rappellerai à la vie.

LOVELESS.

Morbleu 1 je vous dis qu’il a le corps percé de part en part.

LASONDE

Je voudrais qu’il eût le cœur traversé ; la guérison n’en serait pourmoique plus glorieuse. Eh bien ! êtes-vous content? Voyons, laissez-moi m’approcher de lui, — laissez-moi m’approcher de lui 1 ( Examinant la blessure.) Ouf! quelle entaille! un carrosse et six chevaux passeraient par cette blessure. *

FAT-INGTON.

Oh!

LASONDE

Corbleu! lui avez-vous donc passé une faux au-travers du corps? — (A part.) Une légère égratignure entre la peau et les eûtes, voilà tout! •

LOVELESS.

Permettez que je voie la blessure.

LASONDE

Alors vous la panserez, monsieur; car si quelqu’un la regarde, je n’y touche pas.

LOVELESS.

Vous êtes bien le plus insipide fat que je connaisse.

LASONDE

Monsieur, je ne suis pas pour rien passé maître dans ma profession.

FAT— 1NGTON.

Monsieur le chirurgien !

LASONDE

Monsieur.

FAT— 1NGTON.

Y a-t-il de l’espoir ?

LASONDE

De l’espoir! je ne le saurais dire. Que me donnerez-vous si je vous guéris?

FAT-INGTON.

Cinq cents livre* sterling, de grand cœur.

LASONDE

Cela étant, il se peut qu'il y ait de l’espoir; mais il faut éviter tout nouveau délai.— Voyons; placez monsieur dansune chaise à porteurs, et qu’on le transporte chez moi sur-le-champ.— 11 ne saurait être mieux que là, — (à part ) pour que je lui soutire son argent. — (Haut.) Allons , une chaise, — une chaise promptement! — Maintenant emportez-le.

On lo place sur une chaise à porteur.

FAT-INGTON.

Cher Loveless, adieu : si je meurs, je vous pardonne; si je réchappe, j’espère que vous en ferez autant à mon égard. Je serais fâché que cette querelle eût d’autres suites, et j’espère que la voilà terminée; si vous êtes satisfait, je le suis aussi.

LOVELESS.

Je ne pense pas que la chose vaille la peine qu’on la pousse plus loin; vous pouvez donc être tranquille à cet égard.

» FAT-INGTON.

Vous êtes un généreux mortel, mort de ma vie! — [bas) mais tu as une femme bien impertinente, sur ma parole.

LASONLE.

Allons, — emportez-le, — emportcz-lc; en le faisant parler* vous allez lui donner la fièvre; — emportez-le.

Il sort avec lord Fat-ington.

Entre LE COLONEL TOWNLEY.

TOWNLEY.

Ha ! ha ! je suis bien aise de vous trouver tous vivans. — Je viens de rencontrer un pair blessé qu’on emporte. Pour Dieu* qu’y a-t-il donc?

LOVELESS.

Oh! c’est une bagatelle; il s'est avisé de conter fleurette à ma femme en ma présence, si bien quelle l’a gratifié d’un soufflet* et que je lui ai passé mon épée en travers du corps ; voilà tout.

TOWNLEY.

Bagatelle de part et d’autre. Mais, dites-moi, je vous prie, madame, y a-t-il long-temps que vous comptez ce noble lord parmi vos humbles serviteurs?

AMANDA

C’est la première nouvel le que j’en ai; c’est sans doute sa vanité de grand seigneur plutôt que son amour qui lui a attiré celte mésaventure ; il s'imagine que son titre est un passeport

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