ACTE II, SCÈNE I
AMANDA
Qu’ils en pensent ce qu’ils voudront.
BÉRINTHIA.
En vérité, Amanda? Eh bien, ils en penseront ce qu'ils voudront ; car je suis une jeune veuve, et je me moque du qu’en dira-l-on. Ah! Amanda, c'est si agréable d’étre une jeune veuve !
AMANDA
Tu auras peine à me faire croire cela.
BÉRINTHIA.
Bah ! parce que tu es amoureuse de ton mari.
Écoute , c’est avec toute la simplicité de l'innocence que je t’adresse cette question : Penses-tu que les femmes qui jouissent aux yeux du monde d’une réputation sans tache, résistent aux autres hommes avec autant de succès qu’aux attaques des fats et des dandys ?
BÉRINTHIA.
Oh! non, Amanda; il est des hommes qui font plus de ravages parmi elles, — des hommes dont on peut dire qu’ils sont les antipodes du dandy; — car tout ce qu’ils ont de commun avec lui, c’est qu’ils marchent sur deux jambes; ils ont de la cervelle, — le dandy n’en a pas ; ils sont amoureux de leur maîtresse,— le dandy n’est amoureux que de lui-même; ils prennent souci de notre réputation, — le dandy s’applique à la détruire ; ils ont de la décence, — le dandy n'a que de la fatuité ; en un mot ils sont hommes, — le dandy est un âne.
AMANDA
Si c’est là leur véritable portrait, je pense que nous avons eu ici tout-à-l'heure un échantillon de l’une et l'autre espèce.
BÉRINTHIA.
Sa seigneurie et le colonel Townley ?
AMANDA
Eux-mêmes.