‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 179 sur 357 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

que tout le monde savait à quoi s’en tenir sur la santé du corps, bien que peu de gens connaissent l’état de leur âme.

LOVELESS.

Et si la maladie que je soupçonne est dans l’âme î

BÉ1UNTH1A.

En ce cas, je me charge de vous donner une recette pour la guérir.

Hélas 1 vous ne savez pas ce que vous entreprenez.

BÉRINTHIA.

Bu moins, vous m’avouerez que j’ai cela de commun avec bien des médecins.

LOVELESS.

.Tavouerai même que la ressemblance va plus loin encore; car j’ai toute raison de croire que si je me confiais à vos soins vous augmenteriez mon mal.

BÉRINTUIA.

Comment cela?

LOVELESS.

Oh I vous livreriez mon secret à ma femme.

• BÉRINTOIA.

Ce serait le moyen de perdre toute ma clientelle.

LOVELESS.

Me promettez-vous le secret ?

béiunthià. ..

Oui.

LOVELESS. s

Jurez-le-moi.

bt5rinthia.

J’en jure par la femme.

Non, ce serait jurer par ma divinité; jurez par la vôtre, et je vous croirai.

Bé.RINTHIA.

Eh bien ! donc, je jure par l’homme 1

LOVELESS.

Cela me suffit. Écoutez donc le détail de mes symptômes, et donnez-moi votre avis. Voici quels ils ont été d’abord : quand je vous ai vue au théâtre, le premier de vos regards qui tomba sur moi m’alarma vivement, je ne pouvais détourner les yeux du point d’où venait le danger; — je ne cessais de vous regarder jusqu’à en avoir des palpitations; en ce moment même, en me

trouvant si proche de vous, je sens mon mal redoubler, si bien que si vous ne me venez en aide, je vais, sous le feu de votre regard, me consumer et tomber en cendre.

Il lui prend la main.

bérinthia, s’éloignant brusquement de lui.

Mon Dieu, laisscz-moi ; c'est un mal contagieux, et je crains de le gagner.

LOVELESS.

Alors nous mourrons ensemble, mon cher ange.

BÉRINTHIA.

Mon Dieu ! quel démon vous possède ! Voyons, laisscz-moi ; — quelqu’un vient.

Entre UN DOMESTIQUE

Monsieur, ma maltresse est de retour, et désirerait vous parler.

LOVELESS.

Dis-lui que j’y vais.

Le domestique s'éloigne.

loveless, continuant.

Mais avant que je parte, un verre de nectar pour boire à sa santé.

BÉRINTHIA.

Éloignez-vous, ou, parle ciel, je vous détesterai. loveless, l’embrassant.

En matière amoureuse, le serment d’une femme n’est pas plus sérieux que celui d’un homme.

Il l'embrasse et s'éloigne.

Arrive LE COLONEL TOWNLEY.

BÉRINTHIA, toussant.

Ile ml

townley, à part.

Ah! ah! qu’y a-t-il donc? — Bérinthia et Loveless en tête-àtètel — Je ne m'étonne plus maintenant de l’indifférence qu’elle a mise à s’excuser auprès de moi ! — O femme achevée l — Bien ; que Loveless ait l’œil sur sa moitié ; ce ne sera qu’un prêté rendu. — (Haut.) Votre serviteur, madame! Je ne vous demande point comment vous vous portez; l'incarnat de votre visage me l’annonce.

BÉRINTHIA.

Je n’en ai pas plus que d’ordinaire.

Page 1