ACTE III, SCÈNE II
TOWNLEY.
Vos joues sont un peu plus colorées que d'habitude.
BÉRINTHIA.
l’ai marché vite.
TOWNLEY.
Est-ce là tout? Dites-moi, je vous prie, n’est-cc pas M. Loveless qui vient de vous quitter?
BÉRINTHLA.
Oui; nous nous sommes promenés ensemble.
TOWNLEY.
AhI
BIÊRINTHIA.
En vérité, je le trouve fort aimable! — et assurément il y a quelque chose de fort insinuant dans ses manières.
townley, d part.
Ah! ah! elle n‘a pas même la pudeur de dissimuler!— (Haut.) Fuis-je, madame, sans impertinence, vous importuner d’un petit nombre de questions sérieuses ?
BÉRINTIHA.
D’un aussi grand nombre qu’il vous plaira; mais qu’elles soient, je vous prie, aussi peu sérieuses que possible.
townley.
N’y a-t-il pas près de deux ans que j’ai pris la liberté de vous faire ma cour?
bérinthia.
Je ne sais pas combien il y a de temps au juste ; — mais j’ai trouvé ce temps terriblement long et ennuyeux.
TOWNLEY.
Pendant cet intervalle, n’ai-je pas eu toute raison de croire que R? s assiduités ne vous étaient pas désagréables?
BJÉRINTIHA.
A dire vrai, vous avez été extrêmement fatiguant : — et j’avouerai que j’ai été avec vous plus polie que vous ne le méritiez.
TOWNLEY.
Si je suis venu dans cette ville, n’est-ce pas sur le désir exprès que vous m’en avez témoigné, et dans le seul but de vous y rejoindre?— Après m’avoir fait attendre inutilement votre arrivée pendant un mois, avez-vous seulement daigné vous expliquer ou excuser le moins du monde votre conduite?
BÉRINTHIA.
O ciel ! justifier ma conduite! — me justifier auprès de vous!
Quelle barbarie t Mais dites-moi, mon cher colonel, qui me parlez d’un ion si sérieux, n’avez-vous rien de plus à ajouter?
TOWNLEY.
Rien, madame; si ce n’est qu’après une telle conduite, ce que je viens de voir a l’instant me surpreud moins ; il n’est pas étonnant que la femme capable de se jouer des hommages délicats d'un honnête homme soit surprise en tètc-à-lête amoureux avec le mari de son amie.
BÉRINTIIIA.
C’est vrai ; cela n’est pas plus étonnant que de voir cet honnête homme se distraire, en l’absence de la coquette en question, en cherchant à séduire la femme de son ami. O colonel, colonel ! ne parlez ni d’honneur ni d’ami, au nom du ciel ! townley, à part.
Diantre! comment a-t-elle pu se douter de cela? — {Haut.} En vérité, madame, je ne comprends pas —
BÉRINTDIA.
Allons, — allons, — vous avez vu que je n’ai pas prétendu faire l'ignorante. Mais voici la dame en question. — Vous ne serez pas fâché sans doute de rester seul avec elle pour vous ex-r pliquer.
TOWNLEY.
Oh! madame, cette récrimination est une pitoyable ressource; pour vous montrer combien vous êtes dans l’erreur, je vous demande la permission de refuser le bonheur que vous me proposez. Madame, votre serviteur.
Arrive AMANDA.
Le colonel Townley dit quelques mots à l’oreille d’Amanda et s’éloigne. BF.RINTHIA, à part.
Il s’en tire en habile homme, dans tous les cas, sur ma parole ! — Fort bien ! De quel air tendre ils se séparent ! — {Haut.) Eh bien! ma cousine, — j’espère que tu n’as pas grondé ton admirateur de ce qu’il était avec moi. Je t’assure que nous parlions de toi.
Fi donc. Bérinthia ; mon admirateur! Ne sauras-tu donc jamais parler sérieusement ?
- . BÉRINTHIA.
Tu peux prendre ce que je viens de dire au sérieux, si cela te convient; pour ma part, je ne dis que la vérité pure.
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