ACTE III, SCÈNE If
AMANDA
Le sérieux et le plaisant sont tellement mêles dans ton langage, que je ne sais trop de quelle manière je dois le prendre Je viens de quitter monsieur Loveless; — peut-être est-ce une imagination que je me fais, mais je crois avoir remarqué dans son air uue altération qui m’alarme.
BÉRINTHIA.
Ainsi tu es jalouse ? Est-ce tout?
AMANDA
Si c’est tout ! n’est-ce donc rien que la jalousie?
BÉRINTHIA.
Ce ne serait rien si j’étais à ta place.
Que ferais-tu?
BÉRINTHIA.
le me guérirais.
AMANDA
Comment?
BÉRINTHIA.
En me souciant aussi peu de mon mari qu’il se soucie de moi. Écoute, Amanda, tu peux bâtir des châteaux en Espagne, t’agiter, te tourmenter, maigrir, pâlir, enlaidir, tant qu’il te plaira ; apprends de moi cette vérité, c’est qu’aucun homme, pour peu qu’il vaille la peine qu’on fasse sa conquête, n’est, ne fut, ni ne sera fidèle à sa femme,
AMANDA
Penses-tu réellement qu’il me soit infidèle? je ne le soupçonnais pas.
BÉRINTHIA.
Si je le pense ! j’en suis sûre,
AMANDA
Tu en es sûre?
BÉRINTHIA.
Positivement. — Il est devenu amoureux au spectacle.
AMANDA
C’est justement cela. — Mais qui peut te l’avoir dit?
, BÉRINTHIA.
Hem! — Townley. Sans doute que ton mari l’aura pris pour confident.
O infâme Loveless! Et qu’est-cc que Townley dit do cela?
bérinthia, à part.
Bon, bon! Pourquoi cette question? — (Haut.) Ce qu’il dit? Beaucoup de mal de Loveless, et de toi les choses les plus tendres du monde.
AMANDA
Vraiment? — Ohl mon cœur! — Je ne me sens pas bien; — chère Bérinlhia, ne me quitte pas un seul instant.
Elles s'éloignent.