ACTE V , SCÈNE I
qui vous fait souffrir, cherchcz-en le remède dans la vengeance : songez à la puissance et à la beauté de vos charmes, et évoquez en vous ce sentiment de fierté qui doit être le partage dé la femme. Ecartez avec mépris les parjures embrassemens d’un époux. Voyez à vos pieds un sincère adorateur 1 son dévouement lui donne des droits à votre pitié, bien que sou peu de mérite ne lui permette pas d’aspirer à votre amour.
loveless , à part. »
Oh! oh! voilà de l'éloquence, ma foil
AMANDA
Avez-vous bien le front de me parler ainsi? Est-ce là votre amitié pour monsieur Loveless? Vous voulez, je le vois, me forcer à l'instruire de votre trahison.
TOWNLET.
Quand il le saurait, il n’aurait pas le droit de m’accuser. — Il a mérité ce traitement de ma part, car il n’a pas été plus parjure envers vous que perfide à mon égard.
* AMANDA
A votre égard ?
TOWNLET.
Oui , madame. La personne pour laquelle il délaisse aujourd'hui des charmes dont il n’a jamais été digne, m’appartenaipar un droit légitime, et, du moins, je l’ai cru, par son inclination ; oui, madame, Bérinthia qui maintenant —
AMANDA
Bérinthia 1 impossible!
ff TOWNLET.
Si je ne dis pas vrai, puissé-je ne jamais mériter votre attention! C’est une perGdc magicienne qui maintenant lient le coeur de votre époux sous son empire.
AMANDA
Je n’en crois rien.
TOWNLET.
Au nom de l’amour le plus vrai, ce que je vous dis j’en ai la certitude. Aujourd’hui même je les ai vus ensemble, et j’ai entendu —
AMANDA
Taisez-vous, monsieur; je ne veux pas écouter de pareilles mlomnies. — Vous voudriez par cet impuissant stratagème provoquer mon ressentiment, et, par là, m’engager à prêter l’oreille î vos insidieux discours. Non, monsieur ; je crois monsieur Loties* capable d’erreur ; mais, j'en ai la conviction, il est inca-
UN VOYAGE A SCARBOROUGH, pable de ce que vous lui attribuez, ou je me suis bien grossièrement trompée sur son compte. Quant à Bérinthia, la femme qui est ina parente et mon amie est la dernière que vous auriez dû choisir pour en faire ma rivale: exempte moi-même de tout reproche, je ne croirai jamais qu'on puisse payer l’affection par l’outrage, ou la confiance par l’ingratitude.
TOWNLEY.
Si je ne parviens pas à vous prouver —
AMANDA
Jamais vous n’en aurez l’occasion. Les dehors hypocrites souj lesquels vous vous êtes d’abord montré à moi ont pu m’en imposer, etme faire croire, jusqu’à un certain point, que vous étiez moins coupable que malheureux ; mais ce dernier et lâche artifice soulève tout à la fois mon ressentiment et mon mépris.
» , , . • Jl jjBUe «'éloigne.
townley.
Assurément il y a en elle je ne sais quoi de divin ; et elle m’a communiqué un rayon de sa vertu : toutefois me laisserai-je enlever Bérinthia sans compensation ou sans vengeance ? Peutêtre n’est-elle pas aussi coupable que je l’ai cru. Je me suis trompé dans l’opinion que je m'étais faite si légèrement de la vertu d'Amanda ; je puis me tromper aussi dans mon blâme à l’égard de Bérinthia. Oui, je l'aime encore ; car je sens que je serais heureux de reconnaître mon erreur.
Il s'éloigne.
Reviennent LOVELESS et BÉRINTHIA.
Votre servante, monsieur Loveless.
LOVELESS.
Votre serviteur, madame.
BÉRINTHIA.
Dites-moi, que pensez-vous de tout ceci ?
LOVELESS.
En vérité, je ne sais trop qu’en dire.
BÉRINTHIA.
Ne pensez-vous pas que nous faisons tous deux une assez triste figure?
LOVELESS.
Passablement sotte, je l’avoue.
BÉRINTHIA.
Et vous serait-il encore possible de donner à Amanda la plus égère cause de chagrin ?