ACTE V , SCÈNE I
LOVELESS.
Non, cela nous est désormais impossible.
BÉ.RINTHIA.
Nous! vous n'allez pas prétendre, je l’espère, que j'en aie jamais conçu la pensée ?
Je vous l’avouerai sincèrement et en conscience, Bérinthia, ü y a dans la conduite de ma femme quelque chose qui fait sur moi une impression si forte, que n’était la honte et la crainte de vous nuire dans son esprit, j’irais la trouver à l’instant, je vous jure, lui confesser mon erreur et implorer mon pardon de sa générosité. *
BÉRINTHIA.
Je vous en prie, que ce ne soit pas moi qui vous en empêche ; en faisant la coquette avec vous, je n'ai eu pour but que de contrarier Townley; je vois qu’il a agi sous la même impression; vous pouvez donc compter que je lui dirai tout.
LOVELESS.
N’en faites rien ; je puis lui pardonner sa conduite et n’en garder aucun ressentiment; mais, lui, de quel front osera-t-il me regarder en face ?
BÉRINTHIA.
Et vous, de quel front oserez-vous le regarder en face?
LOVELESS.
Lui qui n'a pas craint d’a'.tcnter à l'honneur de ma femme!
BÉRINTHIA.
Vous qui n'avez pas craint d'attenter à l’honneur de sa maîtresse! Allons! allons! laissez-vous guider par moi, qui affecte plus de légèreté que je n'en ai, et chassez tout sentiment d’irritation. La promptitude à ressentir une injure est méritoire dans ceux-là seulement qui répugnent à en infliger.
LOVELESS.
Eh bien, je suivrai votre conseil; et quand vous croirez convenable de détromper Townley, puissent vos bonnes qualités le convertir aussi sincèrement que celles d'Amanda m’ont converti moi-même! Quand l'évidence nous arrache le cri de la vérité, la vertu nous apparaît revêtue d'un caractère sacré.
Oh ! que ne pouvez-vous, ô femmes !
Lire dans le fond de nos âmes !
Gardez votre vertu pour garder notre amour,
Un lien sacré les rassemble;
UN VOYAGE A SCARBOROUGL Ils ne peuvent vivre qu’onsemble,
Ou tous deux meurent sans retour.
lia sortent.