‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 200 sur 357 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

tu es un 'vieux drôle fort extraordinaire, je t’en donne ma parole.

SIR VENTRU

Si tu insultes à la magistrature, nous saurons comment agir avec toi. Qu’on rédige pour lui sur-le-champ un mandat d’arrêt.

FAT-INGTON.

Un mandat d’arrêt! où diantre veux-tu en venir, vieillard?

SIR VENTRU

Je voudrais en venir à toi, si ma qualité de magistrat ne me liait les rnains, et avec ces deux poings fermés je te briserais les dents et te les ferais avaler.

FAT-INGTON. 4 t

Et pourquoi voudrais-tu me défigurer à ce point le visage?

SIR VENTRU

Pour te punir d’avoir voulu me dérober ma fille, scélérat.

FAT-INGTON.

Te dérober ta fille! je commence à croire que je suis au lit et que je dors, et que iout ceci n’est qu’un rêve. Dis-moi, vieillard, veux-tu me permettre de l’adresser une question?

Je ne puis te répondre oui ou non que lorsque je saurai eq . quoi elle consiste.

FAT-INGTON.

Je veux te demander si tu n’as pas écrit à mylord Fat-ington de venir épouser ta fille?

SIR VENTRU

Oui, parbleu, je le lui ai écrit; et mylord Fat-ington est venu, et il épousera ma fille avant qu’elle soit vieillie d'un jour.

FAT-INGTON.

Allons, donne-moi ta main, beau-père; je savais bien que nous finirions par nous entendre.

SIR VENTRU

Le drôle a perdu la tête. — Licz-lui les pieds et les mains.

On garrollc lord Fal-ingtnn.

FAT-INGTON.

Ah ça, mon cher, trêve de plaisanterie; ce jeu commence à me fatiguer.

SIR VENTRU

Garrottez-le, vous dis-je. — Il est fou : du pain et de l’eau, le cachot et le fouet lui rendront peut-être l’usage de sa raison.

FAT-INGTON.

Dis-moi, sir Yenlru, en quoi la liberté de mon langage te dé-

plaît— elle , que tu souffres que ces coquins me garrottent les membres comme si j’étais un lapin? — ( A part.) Farbleu, si je ne me réveille pas, autant que j’en puis juger, il se pourrait bien que ce rêve fût le plus impertinent que j'aie fait de ma vie.

Rentrent MISS GEORGETTE et LA NOURRICE. georgette, s'avançant vers lord Fat-ington.

Voilà donc celui qui voulait m’enlever? • — Pouah! comme il sent le musc! Permettez, mon père, qu’on le traîne dans l’abreuvoir.

FAT-INGTON, à part.

Je reconnais celle qui devait être ma femme, à ce trait de tendresse pour son mari.

GEORGETTE

Dites, mon père, qu’allez-vous faire de lui? — le pendre?

SIR VENTRU

Pour le moins, ma fille.

LA NOURRICE

Oui, et c’est encore trop bon pour lui.

fat-ington, à part.

Madame la gouvernante, je présume : voilà bien la plus étrange famille auquel un homme de qualité se soit jamais mésallié.

SIR VENTRU

Où est mylord, ma fille?

GEORGETTE

Il vient, mon père.

fat-ington, à part.

Mylord l Que veut-il dire ?

Rentrent LE JEUNE FASIIION et LORY.

fat-ington, continuant.

Mort de ma vie, Tom ! maintenant mon rêve s’explique.

FASIIION.

Monsieur, est-ce là le drôle qui voulait m’escamoter votre fille?

SIR VENTRU

C’est lui-même, mylord; comment le trouvez-vous? ne voilât-il pas un joli gaillard pour qu’on le gratifie d’une brillante fortune ?

FASIIION.

Je vois à sa mise qu’il s’est imaginé de prendre votre fille par les dehors d’un dandy.

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