I.ADY DAUBENCOUR
Avez-vous propagé le bruit de l’intrigue de miss Fragile avec le capitaine Matamore ?
VIPÈRE
Cette affaire est en aussi bon train que votre mylady peut le désirer. Selon toutes les probabilités, cette nouvelle ira aui oreilles de mistriss Ducaquet; et dès lors, vous le savez, la chose est en bonnes mains.
Lady DAUBENCOUR.
Il faut avouer que mislriss Ducaquet a un joli talent et beaucoup de savoir-faire.
VJRÈRE. *
ail est vrai, madame ; et j’ajouterai qu’elle a eu dans son temps d'assez jolis succès. A ma connaissance, elle a fairromprc six mariages projetés, fait déshériter trois fils, causé quatre enlèvemens, autant d’accouchemens, six séparations de corps et deux divorces. Je l ai même plus d’une fois reconnue amenant un têtea-têle dans un Magazine1 de Londres ou de la province entre des gens qui peut-être ne s’étaient vus de leur vie.
LADV DAUBENCOUR.
Elle n est pas sans talent; mais elle manque de tact.
VIPÈRE
C'est très-vrai. — Généralement, Hdée première est bonne; elle a la langue dégagée et l’invention hardie; mais ses couleurs sont trop chargées, et son dessin manque de correction. Elle n’a pas cette délicatesse de teinte et ce moelleux dans l’ironie qui distinguent la médisance de mylady.
lady daubencour.
Ah! Vipère, vous me flattez. * ' *■
-iV VIPÈRE.
Tar le moins du monde. Tout le monde s’accorde à reconnaître que lady Daubencour en fera plus avec une parole ou un regard que d autres par les plus laborieux efforts, lors même qu’il leur arrive d avoir pour eux un peu de vérité.
lady daubencour.
Oui, mon cher Vipère ; ut je n'aurai pas l’hypocrisie de nier la satisfaction que me cause le succès de mes efforts. - (Us se lèvent.) Blessée moi-même dans ma jeunesse par la langue empoisonnée de la calomnie, depuis cette époque, je l’avoue, ma plus grande jouissance a été de rabaisser la réputation des autres au niveau de la mienne. ,f
VIPÈRE
Rien de plus naturel. Mais, lady Daubencour, vous m’avez en dernier l,eu employé pour une affaire dans laquelle, je l’avoue il m est impossible de deviner vos motifs.
Vous voulez sans doute parler de mon voisin sir Pétrus Aigrernont et de sa famille ?
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*rM , tel est, en lie autres, le London Magazine.