ACTE I , SCÈNE l
LAD? DAUBENCOUR.
Trêve de complimens maintenant; mais dites-moi quand vous avez vu votre bien-aimée Maria, ou, ce qui est plus important pour moi, votre frère.
JOSEPn SURFACE.
Je n'ai vu ni l'un ni l’autre depuis que je vous ai quittée; mais je puis vous apprendre qu’ils ne se voient jamais. Quelques-uns de vos contes ont produit sur Maria un excellent effet.
LADY DAÜBENCOUR.
Ah ! mon cher Vipère I le mérite de ceci vous appartient. — Mais la position de votre frère continue-t-elle à s’empirer?
JOSEPH SURFACE
D’heure en heure, üa m’a dit qu’hier il y a eu chez lui une nouvelle saisie. En un mot, sa dissipation et sa prodigalité dépassent toutes les bornes.
LADY DAUBENCOUR.
Pauvre Charles !
JOSEPH SURFACE
"C'est vrai, madame; malgré ses vices on ne peut s’empêcher de le plaindre. Pauvre Charles 1 Je voudrais, je vous l’assure, qu’il fût en mon pouvoir de lui rendre quelque signalé service : car l’homme qui ne sait point compatir aux infortunes d’un ami, lots même que son inconduite les lui aurait attirées, cet homme-la mérite —
LADY DAUBENCOUR.
Mon Dieu ! voilà que vous allez faire de la morale ; vous oubliez que vous êtes avec des amis.
JOSEPH SURFACE
Pardieu, c’est vrai ! — Je mettrai cette phrase-là en réserve pour le moment où je verrai sir Pétrus. — Quoi qu’il en soit, c’est certainement un acte de charité que de soustraire Maria à un tel libertin, qui, s’il doit être corrigé, ne peut l’être que par une personne de la supériorité de talent et d’intelligence de mylady.
VIPÈRE
Je crois, lady Daubencour, que j’entends venir du monde ; je vais aller copier la lettre dont je vous ai parlé. — Monsieur Surface, votre très-humble.
JOSEPH SURFACE
Monsieur, je suis votre serviteur.
Vipère sort.
Joseph surface, continuant.
Je suis fAché, lady Daubencour, de vous voir continuer votre confiance à ce drôle.
Pourquoi cela?
JOSEPH SURFACE
Je l'ai récemment surpris en conférences fréquentes avec le vieux Kollct, l’ancien intendant de mon père, et qui, vous le savez, n'a jamais eu beaucoup d'amitié pour moi.
LADY DAUBENCOUR.
Et vous le croyez capable de nous trahir?
JOSEPH SURFACE
Rien n'est plus probable. Croyez-moi, lady Daubencour, ce drôle n'a pas assez de vertu pour rester fidèle même à sa propre . scélératesse. — Ah ! Maria !
Entre MARIA.
LADY DAUBENCOUR.
Maria, ma chère, comment vous portez-vous? — Qu’avez-vous donc?
MARIA
Ah ! c’est ce galant insupportable, sir Benjamin Mordentraltre, qui vient d’arriver chez mon tuteur, accompagné de Verjus, son oncle odieux ; je me suis évadée, et suis accourue ici pour éviter leur présence.
LADY DAUBENCOUR.
Est-ce tout?
JOSEPH SURFACE
Si mon frère Charles avait été avec eux, mademoiselle, peutêtre n’auriez-vous pas été si alarmée.
Allons, vous êtes trop sévère; car Maria, j’en suis certaine, savait que vous étiez ici. — Mais, ma chère, que vous a fait sir Benjamin pour que vous l’évitiez ainsi?
MARIA
Oh! ce n’est pas pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il a dit: sa conversation est une satire permanente contre toutes les personnes de sa connaissance.
JOSEPH SURFACE
Oui ; et ce qu’il y a de pire, c’est qu’on ne gagne rien à ne le pas connaître. — Car il vous calomniera un inconnu tout aussi